Le gars fatigué

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Formé au Cégep de Jonquière dans les années... (Archives La Presse, Pierre Côté)

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Formé au Cégep de Jonquière dans les années 80, le Groupe Sanguin réunissait Dany Turcotte, Bernard Vandal, Dominique Lévesque, Marie-Lise Pilote et Émile Gaudreault.

Archives La Presse, Pierre Côté

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / À ma première année au Cégep de Jonquière, j'avais Pierre-Paul Legendre et Dominique Lévesque comme professeurs de théâtre. Je nomme les deux gars, car ils étaient souvent ensemble dans le local des profs ou dans une classe pour pratiquer une pièce de théâtre. Comme élève, on profitait d'eux.

Dominique Lévesque était un homme atypique, grand consommateur de café. Son point fort n'était pas la beauté physique, mais le charisme d'un passionné capable de vous contaminer, de vous faire aimer ce qu'il aime, de rendre le beau encore plus beau et l'inaccessible accessible.

Je me souviens de lui avec le Groupe Sanguin quand ils faisaient du «lipsing» sur de la musique de publicité ou des trames musicales de séries télévisées. C'était nouveau. Je me souviens aussi des débuts du théâtre noir sur la scène de la salle François-Brassard avec les pictogrammes et personnage fluo illuminés par des «black lights». C'était nouveau.

«Nous avons été embauchés comme professeurs de théâtre en même temps en 1976. J'avais 34 ans et lui 24. Ç'a cliqué tout de suite, nous avons travaillé ensemble. Il a toujours eu le goût de la scène, mais comme bien des artistes, il avait besoin d'un emploi pour payer les factures. Il adorait enseigner, mais la scène ne lui est jamais sortie de l'idée. Dominique a passé ses rêves à ses étudiants, il adorait la création et l'expérimentation», raconte Pierre-Paul Legendre, maintenant à la retraite, mais encore président du C.A. du théâtre La Rubrique de Jonquière.

C'était un passeur de passion et il savait surtout reconnaître la flamme qui brillait dans les yeux des gens de théâtre pour les recruter. «C'est en 1982, avec la création de la Ligue d'improvisation, que l'aventure artistique a commencé avec quelques élèves du département d'Art et technologie des médias (ATM). En 83, on organisait un tournoi régional, on a filmé ça pour Télé-Québec et je me rappelle d'une rencontre épique entre Michel Barrette et Marie-Lise Pilote. C'est avec les jeunes de l'improvisation que Dominique en a recrutés une vingtaine pour les inciter à écrire des textes. À la fin de l'exercice, ils sont demeurés cinq ou six pour former le Groupe Sanguin», se rappelle Pierre-Paul Legendre, qui a vécu de près l'évolution artistique de Dominique Lévesque.

Curiosité insatiable, imaginatif, intelligence vive, plusieurs ont dit que ça frôlait le génie. «Le gars fatigué, c'est lui; il poussait sa machine créative jusqu'à l'épuisement, il était très méticuleux avec le souci du détail», fait valoir l'ancien prof de cégep au sujet du personnage légendaire. «Ç'a été une bénédiction pour moi de travailler avec lui, un être bon», ajoute-t-il.

Émile Gaudreault influencé

Émile Gaudreault, un des cinq membres du Groupe Sanguin, qui a marqué la scène humoristique au milieu des années 1980, n'était pas dans la classe de théâtre de Dominique Lévesque. «Je ne l'ai pas eu comme prof, je l'ai connu dans la ligue d'impro, dans le temps qu'on jouait devant 600 personnes le jeudi soir. Ils nous a appris à écrire des textes et nous a transmis son perfectionnisme», raconte le cinéaste qui prépare la sortie du film De père en flic 2.

«Le Groupe Sanguin et ma rencontre avec Dominique Lévesque ont changé ma carrière. Je me dirigeais en cinéma, mais après ma rencontre avec lui, on a formé notre groupe d'humour de 1984 à 1990. On a fait plus de 1000 représentations, dont 150 à guichets fermés au Club Soda et 80 au Spectrum. J'ai eu Robert Lepage comme metteur en scène avec le Groupe Sanguin (1986-1987) et Dominique Lévesque comme partenaire artistique. Ces gens ont influencé ma destinée», raconte Émile Gaudreault.

«Dominique Lévesque et Marie-Lise Pilote étaient des bêtes de scène et moi je travaillais davantage sur la rédaction des textes et la mise en scène», fait remarquer Émile Gaudreault.

«Dominique a créé des personnages qui ont marqué l'imaginaire québécois. Nous nous sommes perdus de vue pendant une quinzaine d'années alors qu'il jouait avec Dany et que moi je réalisais la mise en scène des spectacles de Marie-Lise. Nous avons eu le bonheur de nous retrouver pour un retour sur scène en 2012, au festival Juste pour rire. La chimie était encore là et c'est Dominique qui a pris la direction de ce spectacle avec toute la rigueur qu'on lui connaissait», expose l'artiste originaire d'Alma.

Un passeur, c'est une qualité que beaucoup de gens reconnaissaient en Dominique Lévesque, un être capable de transmettre sa passion et de faire jaillir celle des autres. À sa façon, il a nourri la culture québécoise.

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