Territoire de chasse à louer

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
CHRONIQUE / Chaque automne amène des histoires de chasseurs qui se chicanent... (Archives Le Quotidien)

Agrandir

Archives Le Quotidien

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Chaque automne amène des histoires de chasseurs qui se chicanent dans le bois en se disputant un territoire de chasse. Cette semaine, j'en ai appris une bonne. Je savais déjà qu'un nombre important de chasseurs aux yeux plus grands que la panse monopolisaient des kilomètres de territoire en plaçant des affiches «chasseurs à l'affût» à l'entrée de nombreux chemins forestiers pour décourager quiconque de s'aventurer dans ces secteurs en période de chasse à l'orignal.

Un chasseur m'a écrit, lundi, pour dénoncer le fait que les chasseurs qui pratiquent leur activité sur les terres publiques sont laissés à leur sort et sont littéralement abandonnés par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Je n'avais pas encore entendu d'histoire de ce genre. On est rendus là, dirait quelqu'un.

Il me raconte que l'automne dernier, il a rencontré un individu qui venait de s'acheter un chalet dans le secteur. L'homme en question se promène dans les chemins secondaires à la recherche d'un secteur de chasse à l'orignal. «Vous vous doutez bien le peu de disponibilité, car les gens sont établis depuis plusieurs années et ont entretenu caches, sentiers, etc. Vous vous dites ici ''une autre histoire de chicane de territoire''... attendez!», m'écrit-il par courriel.

Il continue son histoire. «Mon voisin et moi sommes bons joueurs et partageons avec lui du territoire afin de l'accommoder, même si ces territoires sont à plus de 10 kilomètres de son chalet. Monsieur connaisseur d'orignal avait désigné notre endroit comme prometteur et giboyeux! Ha bon! Arrive la chasse et nous croisons de nouveaux manteaux ''Camo'' dans le secteur. ''Bonjour messieurs, vous allez bien? Bla bla bla...'' Et à notre stupéfaction d'apprendre que mon nouvel ami louait ses ''territoires de chasse'' pour la modique somme de 400$ par semaine! Seize chasseurs au total ont eu le privilège de chasser dans ces nouveaux territoires que nous avions sportivement ''cédés''. Seize chasseurs sur trois semaines, ça te brasse une forêt ça», me raconte-t-il.

Il faut avoir du culot pour aller rencontrer des gars dans le bois, tomber sur du bon monde et louer un territoire qui ne lui appartient pas. C'est ajouter l'insulte à l'injure! J'ai profité du passage du ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP), Luc Blanchette, qui était de passage à l'Université du Québec à Chicoutimi, lundi, pour lui demander s'il prendrait des mesures pour endiguer le problème d'appropriation du territoire. «Je suis à la tête du ministère depuis seulement trois mois, je n'ai pas de réponse pour vous, mais je vais vous revenir sur le sujet», a-t-il dit en entrevue après la conférence de presse annonçant 1,2 million$ pour la recherche à l'UQAC. Selon le Vérificateur général du Québec, plus d'une centaine de signalements sont transmis annuellement au ministère à l'égard de l'appropriation illégale du territoire.

Recherche à l'UQAC

Le ministre Blanchette a manqué une belle occasion, lors de l'annonce de subvention pour la recherche à l'UQAC, de rappeler que c'est grâce au député de Dubuc, Serge Simard, si le gouvernement peut offrir ce genre de soutien financier.

Rappelons qu'au début de l'année 2009, Serge Simard était ministre délégué aux Ressources naturelles et à la Faune. C'est lui qui avait annoncé une hausse des tarifs des permis de pêche pour réinvestir près de quatre millions de dollars par année dans les activités fauniques. La chaire de l'UQAC a été l'une des premières organisations à recevoir des subventions grâce aux profits réalisés avec l'augmentation des permis de pêche sportive au Québec. À l'époque, Serge Simard avait promis que 85% des sommes perçues de l'augmentation seraient retournés dans l'aménagement de la faune et la recherche. Notre député a tenu sa promesse. C'était d'ailleurs une de ses premières décisions à titre de ministre délégué.

La subvention accordée à la chaire de recherche de l'UQAC sur les espèces aquatiques exploitées pour la pêche permettra peut-être de rencontrer un des objectifs soulignés par le Vérificateur général du Québec qui avait souligné dans son rapport, en juin 2016, que «le MFFP a des connaissances limitées à l'égard de plusieurs espèces, ce qui nuit à sa capacité de les conserver et d'optimiser leur mise en valeur. Les projets liés à l'acquisition de connaissances sont choisis à la pièce et les recommandations qui en découlent tardent souvent à être mises en oeuvre», pouvait-on lire dans le rapport.

Une situation à dénoncer

Le porte-parole de la Table faune Saguenay-Lac-Saint-Jean, Marcel Simard, n'avait pas eu vent de cette pratique de pourvoirie déguisée. Il ne se dit toutefois pas surpris.

«Il y a toutes sortes de pratiques d'appropriation de territoires. Comme les affichages, par exemple, de chasseurs qui s'approprient un territoire de chasse de 2016 à 2036. D'abord, personne n'a le droit de s'approprier des terres publiques», souligne Marcel Simard.

Ce dernier n'avait pas entendu parler de ces chasseurs qui loueraient des parcelles de terres publiques.

«Évidemment, c'est illégal. Et c'est assez spécial! Mais je ne suis pas vraiment surpris. Où il y a des hommes, il y a de l'hommerie», a fait valoir Marcel Simard, lorsque contacté à ce sujet par Le Quotidien.

Le porte-parole de la Table régionale ajoute que la situation devra être dénoncée.

Avec Patricia Rainville

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer