J'ai serré la main de Roméo Dallaire

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Le lieutenant-général Roméo Dallaire... (Archives Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay)

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Le lieutenant-général Roméo Dallaire

Archives Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / «Je consulte un psychiatre et il me prescrit des pilules pour m'empêcher de rêver parce que mes rêves sont horribles et presque réels. Je consulte aussi une psychologue et elle est en maudit après mon psychiatre, parce qu'elle a besoin de savoir à quoi je rêve pour comprendre ce qui se passe dans ma tête.»

Le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire a... (Photo courtoisie) - image 1.0

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Le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire a été couronné du titre d'ambassadeur à vie du Centre de prévention du suicide 02 lors du colloque régional jeudi dernier. Au centre sur la photo il pose en compagnie d'Andrée Verreault responsable du colloque et Jean Gagné, président du conseil d'administration.

Photo courtoisie

C'est avec cette phrase lourde de sens et teintée d'humour que le lieutenant-général Roméo Dallaire parle de la blessure de guerre entre les deux oreilles, «une blessure honorable», dit-il en faisant référence au choc post-traumatique. Le général Dallaire prononçait une conférence à l'occasion du 25e colloque régional de prévention du suicide 02, jeudi à l'hôtel Delta de Jonquière.

«Quand quelqu'un est blessé au bras, on le traite en urgence, on soigne les plaies immédiatement et on l'aide ensuite à se réhabiliter. Quand on a une blessure entre les deux oreilles, on ne sent pas la même urgence d'agir. Pourtant la blessure dans la tête, comme celle au bras, s'aggrave si elle n'est pas soignée immédiatement. Quand un soldat reçoit une balle dans une fesse, on dit que c'est une blessure honorable, il y a une balle, mais la blessure entre les deux oreilles est tout aussi honorable et elle doit être traitée en urgence», martèle le colonel à la retraite.

«Moi par exemple, je ne vais plus au IGA. Quand je vois les étalages de légumes avec les odeurs, ça me ramène au Rwanda quand on faisait de la distribution de blé d'Inde à vache où j'ai vu des femmes se faire piétiner à mort lors de cet événement», dit-il, alors que pour d'autres, post-traumatisés également, ça se manifeste autrement.

Lors de sa conférence, l'ancien sénateur relevait l'importance pour les gens de ne pas être seuls. «Il nous faut des opportunités pour vider notre sac, il faut parler de son mal entre les deux oreilles, en parler avec confiance, ce n'est pas une maladie, c'est une blessure», insiste-t-il. «Il faut s'entourer de monde qui s'occupe de nous. J'ai échappé à quatre tentatives de suicide, car des gens sont arrivés à temps, ils ont placé un appel téléphonique au bon moment ou ils sont arrivés chez moi pour me trouver dans un mauvais état», met en lumière l'ex-lieutenant-général en s'exprimant sur la prévention du suicide.

En entrevue, après la conférence, je lui ai demandé si on pouvait faire de la prévention pour éviter un syndrome de stress post-traumatique? «Il y a l'entraînement militaire, mais il faut plus que ça. Je crois qu'il faut ouvrir la spiritualité chez nos militaires. Nos ennemis d'aujourd'hui se servent de la religion pour mobiliser leur soldat et livrer des guerres, nous devrions nous servir de la religion pour mobiliser nos soldats pour la paix et trouver un sens aux horreurs qu'ils voient», propose-t-il.

On ne peut pas se retrouver en situation de guerre en piétinant des cadavres, en voyant des bébés morts, des femmes enceintes éventrées et des gens mutilés sans confier son horreur à quelqu'un a fait valoir celui qui a serré la main du diable au Rwanda.

Quand j'avais 12 ans, mon frère Bertrand est mort noyé lors d'une sortie entre amis à la fin de l'année scolaire, il avait 16 ans. En apprenant la nouvelle, je m'en rappelle comme si c'était hier. Ma mère attristée a dit: «le Bon Dieu est venu chercher mon meilleur pour qu'il nous prépare une place là-haut.» C'était sa façon à elle de conjuguer avec le triste sort, sa façon à elle d'accepter la mort de son fils; Dieu réconforte.

J'imagine que dans une zone de guerre, pour panser les blessures entre les deux oreilles, se dire que Dieu est venu chercher ces gens et que c'est sa volonté, ça peut aider à gérer le stress post-traumatique. «Depuis 1997 j'ai réussi à faire accepter qu'on ne laisse plus nos morts sur le territoire opérationnel, on les ramène au pays pour les familles et les compagnons d'armes», rappelle le militaire qui connaît l'importance d'un deuil.

J'ai serré la main du général Dallaire cette semaine et ça m'a fait du bien de toucher à une grande humanité.

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