Il n'y a rien à voir et c'est pour ça qu'on va là

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Gilles-H. Lemieux a fait voyager son auditoire en... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Gilles-H. Lemieux a fait voyager son auditoire en racontant sa «grande balade», comme il l'appelle, lors d'une activité de la Société d'études et de conférences.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il s'est tapé plus de 6000 kilomètres de route en 24 jours, en août 2012, dont 1700 kilomètres de routes de gravier. Il a réalisé une boucle routière à partir de Chicoutimi pour se rendre au Labrador.

Il est passé par le Nord-du-Québec, Terre-Neuve et le Nouveau-Brunswick, pour finalement prendre le traversier Rivière-du-Loup-Saint-Siméon et rentrer à la maison à bord d'un campeur New West, son véhicule au confort minimaliste.

Gilles-H. Lemieux, professeur émérite de l'UQAC, géographe, grand voyageur devant l'éternel, amoureux des grands espaces, dédié à la conservation de la nature et fervent de plein air et de tourisme d'aventure, a présenté sa «grande balade», comme il l'appelle, lors d'une activité de la Société d'études et de conférences.

«Ma mère disait que c'était la terre de Caïn», a dit une dame dans l'assistance, rappelant l'expression utilisée par Jacques Cartier qui décrivait la Côte-Nord en passant entre les terres du Labrador et de Terre-Neuve. «Les navigateurs à bord des bateaux ne voyaient que des sommets de montagnes dénudées, que de la roche, presque pas de végétation. C'est probablement pour ça que les découvreurs à bord de leur bateau décrivaient ainsi ces paysages», a expliqué Gilles H. Lemieux au terme de sa conférence sur cet impressionnant «road trip».

«Là, il n'y a rien à voir et c'est pour ça qu'on va là», lance-t-il devant son auditoire qui s'était donné rendez-vous à La Pulperie. Un pays de gens qui possèdent encore l'espace et le temps, c'est le titre de sa conférence soutenue par des photos de voyage et des itinéraires pigés sur Google Map.

Des photos de longues routes bordées d'épinettes, de longues routes bordées de cailloux. «Nous avons traîné nos vélos avec nous au cas où nous aurions un ennui mécanique. Parfois, on empruntait un chemin secondaire pour aller manger notre pique-nique au sommet d'une montagne. Comme il n'y a personne qui va là, nous aurions pu utiliser nos vélos pour revenir sur le chemin principal, où l'on peut rencontrer une voiture en sens inverse toutes les deux ou trois heures, pour demander de l'aide», donne-t-il en exemple pour expliquer la «vastitude» de ce pays peu fréquenté.

Gilles-H. Lemieux parle tout de même de 24 jours d'émerveillement. Il nous rappelle d'entrée de jeu que dès le 11e siècle, le Labrador a été visité par les Vikings, selon la Saga d'Éric Le Rouge. «Jacques Cartier n'était pas né depuis longtemps», dit-il en s'excusant de l'euphémisme. Il en profite pour raconter brièvement la controverse sur la frontière entre le Labrador et le Québec. Il illustre aussi avec des photos et des cartes la saga du désormais célèbre projet hydroélectrique de Muskrat Falls. Le barrage hydroélectrique érigé sur le fleuve Churchill nécessitera plus de 1500 km de lignes de transmission pour acheminer l'électricité à Terre-Neuve, en Nouvelle-Écosse et en Nouvelle-Angleterre, pour vendre du courant aux Américains sans passer par le Québec. «Le réservoir de Smallwood compte 69 digues et ils ont commencé à ennoyer le territoire sans prélever la ressource forestière, ce qui va générer du méthylmercure si la végétation dans le déversoir n'était pas enlevée avant l'inondation», dit-il en passant. Les voyages forment la jeunesse et ouvrent aussi les esprits à ceux qui se font raconter l'histoire.

Le géographe profite de son escale à Churchill Falls pour rappeler la mésentente entre Québec et Terre-Neuve pour la construction de cet ouvrage et le partage des revenus. Le Québec récolte plus d'un milliard$ par année alors que le Labrador se contente d'un peu plus de 60 millions.

Le grand voyageur féru d'histoire en profite pour qualifier le Labrador de paradis perdu. «Un paradis perdu en 1927, retiré au Québec par le Conseil privé de Londres pour l'annexer à Terre-Neuve qui était à l'époque une colonie britannique ne faisant pas partie de la Confédération canadienne.»

Gilles Lemieux nous a amenés avec lui dans ces 6000 kilomètres de route, pour nous faire découvrir de beaux paysages et nous raconter notre histoire qu'on a tendance à oublier.

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