Grand pouvoir, grandes responsabilités

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Donald Trump, nouveau président des États-Unis... (Archives AP)

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Donald Trump, nouveau président des États-Unis

Archives AP

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je n'aurais pas voté pour lui, je ne souhaitais pas qu'il soit élu à la présidence des États-Unis, mais maintenant que c'est fait j'ai bien hâte de voir ce que le populisme pourra faire à la tête de ce pays. En plus, Donald Trump ne doit pas grand-chose au Parti républicain qui l'a largué en cours de route, il sera donc en position de force.

On comprend les inquiétudes cependant. Des tensions raciales refont surface depuis son élection, le milliardaire risque de récolter ce qu'il a semé. Ses déclarations concernant les immigrants illégaux, le réchauffement climatique, les musulmans, le mur qu'il veut construire à la frontière mexicaine, ses propos racistes et sexistes ont, semble-t-il, réveillé de vieilles tensions.

Je ne suis pas certain que Trump sera en mesure de calmer ces tensions. J'ai de la difficulté à l'imaginer dans une zone sinistrée des États-Unis, après un ouragan, en train de rencontrer les gens pour les réconforter. J'ai de la difficulté à l'imaginer face à la nation quand il réagira à une tuerie dans une école ou une université, j'ai peur des mots qu'il utilisera pour rassurer les familles.

J'ai l'impression qu'il ne sera pas très rassurant quand il réagira publiquement à des attentats terroristes que ce soit dans son pays ou ailleurs dans le monde. Il n'occupe pas encore ses fonctions et on sent de l'inquiétude de la part de nombreux Américains, une situation très différente de l'élection d'Obama où tout le monde jubilait, se réjouissait de voir un président afro-américain à la tête du pays. La réaction est totalement différente avec Trump. On commence à voir des graffitis haineux et des gestes de violence. Des immigrés musulmans ont peur de sortir de chez eux, ils se sentent menacés. On est loin de la grande Amérique.

Un ami me disait récemment, au sujet de l'élection de Trump que «nous avons les politiciens qu'on mérite». Les États-Unis se sont construits sur fond de violence tant à l'intérieur de leurs frontières que sur la scène internationale. J'ai l'impression des fois que le fameux «melting pot» - ce mélange d'individus de différentes races, de différentes religions et de différentes cultures en une seule nation - est très fragile.

Quand les gens commencent à avoir peur de sortir de leur maison, le jour comme le soir, à cause de leur couleur ou à cause de leur religion, ça n'annonce rien de bien rassurant. Un homme d'État peut exercer un mauvais leadership et réveiller la fragile tolérance qui fait que les gens vivent ensemble. Il suffit parfois d'une petite étincelle pour donner une raison aux gens de ne plus être tolérants envers les autres. Si le président américain déteste les musulmans, ça peut suffire pour dédouaner les xénophobes qui ne se gêneront pas d'utiliser des commentaires violents pour terroriser les gens dans la rue.

Quand un homme d'État lance des appels au calme quand il y a de la grogne, généralement ils arrivent à calmer le jeu, mais le contraire est aussi vrai. L'histoire de l'humanité compte de nombreux exemples de leadership haineux.

Peut-être que l'homme saura s'élever à la hauteur de la fonction qu'il occupera. Peut-être que ses propos haineux n'étaient que des propos de campagne électorale, peut-être que la machine étatique réussira à l'avaler et à lui faire comprendre que dorénavant ce n'est plus Donald Trump qui parle, mais le président des États-Unis. À grand pouvoir, grandes responsabilités.

Ses déclarations portant sur l'expulsion des musulmans des États-Unis ont disparu du site Internet officiel du nouveau président américain. La machine commence à se mettre en marche, il y a des choses qu'un président ne peut plus se permettre. La Maison-Blanche imposera ses règles de bienséance et son invité que le peuple a élu devra respecter les règles. Espérons-le.

Pour le reste, on verra, peut-être que l'ère Donald Trump brassera un peu le ragoût de ce grand pays qui n'a pas eu un parcours très glorieux pendant plusieurs décennies en matière de politique internationale.

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