Simarderies et perronismes

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Serge Simard, député de Dubuc... (Archives Le Progrès-Dimanche)

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Serge Simard, député de Dubuc

Archives Le Progrès-Dimanche

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / La scène crée un malaise. Le député libéral de Dubuc, Serge Simard, siège à la commission parlementaire sur la mise en oeuvre de la politique énergétique à Québec. Il est assis autour d'une table avec d'autres parlementaires pendant qu'on demande aux participants de voter pour ou contre un amendement sur le projet de loi. Notre député semble très absorbé par une vidéo qu'il regarde sur sa tablette électronique avec les écouteurs sur ses oreilles. À l'appel de son nom, il a fallu qu'un collègue assis à ses côtés lui tape sur le bras pour le ramener à la réalité et lui dire de voter contre, pendant qu'il retirait les écouteurs dans ses oreilles. On ignore ce qu'il écoutait, précisons-le.

Notre député est bien connu pour ses dérapages verbaux et ses expressions colorées. On sent souvent, lors d'entrevues, qu'il a de la difficulté à organiser sa pensée et que les mots se bousculent à la sortie. Il dit parfois n'importe quoi dans le feu de l'action et ça le fait mal paraître, ça nous fait mal paraître.

Sur le plan régional, nous connaissons M. Simard depuis de nombreuses années et on s'habitue à son verbiage et on finit par deviner ce qu'il veut dire même quand ça sort un peu tout croche. La presse nationale n'a pas cependant cette empathie envers lui et les journalistes de la presse nationale ne se privent pas de relever, chaque fois, les égarements dans ses propos.

Dernièrement, dans le cas d'une agression sexuelle alléguée par un député à l'Assemblée nationale il avait commenté la version de la plaignante en disant: «Vous avez bien dit, ''il semble''. On demande très souvent à quelqu'un c'est quoi le nom de ton maire et il ne le sait pas. Je ne sais pas si elle le sait»... Il s'est ensuite excusé en disant: «Je m'excuse auprès des gens que j'ai pu offenser par rapport à mes propos. Ce n'était surtout pas la banalité que je voulais donner. Moi aussi j'ai des enfants. Les femmes n'ont pas affaire à avoir des difficultés à sortir ou à aller à l'école».

L'éditorialiste et responsable des débats d'idées au journal Le Devoir, Antoine Robitaille, qui met en relief les expressions qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique a même créé une catégorie pour relever les propos de Serge Simard. Les «simarderies» sont comme les perronismes de Jean Perron, un animateur sportif et ancien entraîneur de hockey qui avait le don d'inventer des expressions incroyables comme: «Il a pris la foudre d'escampette, il devrait plutôt mettre du vin dans son verre, il ne faut pas remettre à plus tard ce qui appartient à César, on traversera la rivière quand on sera rendu au bout du tunnel ou je ne tournerai pas ma langue par quatre chemins. L'erreur est humide», disait-il aussi.

L'éditorialiste du Devoir prenait un malin plaisir à souligner les simarderies. Il écrivait en 2011: «Prenez le ministre délégué aux Ressources naturelles et à la Faune, Serge Simard, par exemple, qui s'exprime à l'occasion comme un adulte. À la sortie du conseil des ministres, il déclare: «Le premier ministre a donné des critères ce matin. L'objectif en regard de ces critères-là il y a des décisions qui vont se prendre.»

En 2012 il écrivait: le ministre délégué aux Ressources naturelles Serge Simard a expliqué très... clairement hier la position du gouvernement sur l'industrie de l'amiante. Tellement qu'on se demande s'il n'aurait pas pris un peu de chrysotile avant de s'exprimer: «Il n'y a pas de coloration entre les morts qui ont été dénoncés et l'utilisation sécuritaire du chrysotile. Toute la santé publique l'ont indiqué et véritablement lorsque des cas qui sont dénoncés, c'est des cas qui datent de 40 ans, de plusieurs plusieurs années et voilà que les règles sont établies. Il y a beaucoup beaucoup de matériaux qui sont très dangereux et puis qu'on utilise encore aujourd'hui, mais de façon sécuritaire.»

Je peux comprendre que dans le feu de l'action les mots pour exprimer une idée clairement ne viennent pas aisément, mais dans certains cas, le silence ou le «pas de commentaire» seraient plus appropriés pour M. Simard, qui ne craint pas, malgré tout, de sauter dans la «fausse» au lion.

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