Les gars ne savent pas

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Photo Yan Doublet, Le Soleil - Quebec -... (Archives La Presse)

Agrandir

Photo Yan Doublet, Le Soleil - Quebec - Manif contre la culture du viol - 10/25/2016 - le 26 octobre 2016 - actualite - 847485 - 30 -

Archives La Presse

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Beaucoup de choses ont été dites et écrites en ce qui concerne la culture du viol ces derniers jours.

On fait du mieux qu'on peut pour éduquer nos garçons, chaque fois que des cas d'agressions sexuelles surgissent dans l'actualité, on pèse sur pause pendant le bulletin de nouvelles télévisé et on explique encore une fois et on insiste sur l'importance des relations respectueuses.

Je le rappelais encore au fils de ma blonde il y a quelques mois, un beau grand gars de 20 ans, bien élevé, poli et gentil, pendant que son grand-père de 80 ans écoutait la discussion. Ce que je ne lui ai pas dit ce soir-là, c'est qu'on ignore à quel point les femmes ont toutes, pour la plupart, été en contact avec différentes formes d'agressions depuis leur tendre enfance.

La blogueuse du Huffington Post, Gretchen Kelly, publiait cette semaine un texte intitulé: La chose que font toutes les femmes et que vous ignorez. Je vous pousse en rafale ce que les hommes ne savent pas selon elle et qu'on ne devrait plus ignorer à l'avenir. «Les hommes ne savent pas qu'à l'âge de 13 ans à peine, on a dû envoyer balader des hommes bien plus âgés qui mataient nos seins. Que des types qui avaient l'âge de nos parents nous draguaient quand on était caissière. Que notre chef nous fait régulièrement une petite tape sur les fesses. La plupart du temps, nous nous contentons de sourire. Jaune. De regarder ailleurs ou de faire comme si nous n'avions rien vu. On choisit la stratégie de l'apaisement. On minimise...», écrit-elle.

On ignore que les femmes sont confrontées à cette culture de l'agression. Ce que j'aurais dû dire à ce beau grand gars de 20 ans lors de notre souper de famille, en plus de lui parler du consentement, c'est que quotidiennement les filles se font écoeurer par des hommes.

La blogueuse ajoute à propos de ce qu'elles vivent à la rencontre des hommes qu'elles croisent dans leur vie: «On fait rapidement notre liste intérieure. Est-ce qu'il a l'air violent, énervé? Est-ce qu'il y a des témoins? Est-ce qu'il essaie juste d'être drôle, même s'il échoue lamentablement? Est-ce que le fait de lui répondre me posera des problèmes au niveau de mes études/de mon boulot/de ma réputation? Ça arrive tout le temps. Sans que l'on sache toujours s'il y a danger ou non. C'est le supérieur hiérarchique qui dit ou fait quelque chose de déplacé. Le client qui refuse de donner un pourboire tant qu'on ne se sera pas penchée pour le serrer dans nos bras. L'ami qui a un peu trop bu et qui cherche à savoir si on pourrait ''aller plus loin'' alors qu'on lui a déjà fait savoir qu'on n'était pas intéressée», continue-t-elle.

J'aurais dû lui dire aussi à notre grand gars que les femmes en général ont peur et se sentent vulnérables, notre force physique en impose toujours. L'auteure continue au sujet de ses comportements: «C'est avoir l'estomac noué parce qu'on a dû ''faire comme si de rien n'était'' pour ne pas avoir de problème. C'est garder le doigt sur le bouton ''appel'' de son téléphone quand on marche seule la nuit. C'est se servir de ses clés comme d'une arme potentielle quand on se dirige vers sa voiture. C'est mentir et dire qu'on a quelqu'un pour que le type nous lâche la grappe. C'est être dans un bar, à un concert, ou n'importe quel endroit où il y a foule, et devoir se retourner pour savoir qui vient de nous mettre une main au cul... C'est ça, être une femme».

La prochaine fois que j'aurai une discussion avec nos jeunes (on devrait aussi l'avoir avec tous les gars) je vais leur rappeler c'est quoi la vie de femme aujourd'hui et qu'elles ne dénoncent pas pour rien. La culture du viol ne se résume pas à des agressions sexuelles, les agressions verbales, les petits gestes déplacés, les allusions en voulant faire son drôle font partie de la culture des gars mal informés. Je vais espérer que notre grand gars ne fasse pas partie de ceux qui disent aux femmes de se calmer le pompon avec leurs dénonciations.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer