Gaspille de citrouilles

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Johanne Riverin, agricultrice au kiosque de la Ferme... (Photo Le Quotidien, Roger Blackburn)

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Johanne Riverin, agricultrice au kiosque de la Ferme du ruisseau à Saint-Fulgence.

Photo Le Quotidien, Roger Blackburn

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / On voit ces temps-ci de nombreuses façades de maison décorées pour l'Halloween, cette fête des bonbons, des monstres et des costumes qui fait le plaisir des enfants et, avouons-le, de nombreux parents. Si insignifiante soit-elle, la fête de l'Halloween est aussi la grande fête du gaspillage de citrouilles, ce légume mal aimé qui termine sa vie de courge, si elle est chanceuse, en potage ou en galette, mais le plus souvent ce sera dans la poubelle. Les spécialistes de l'alimentation parlent d'un légume fruitier, selon que vous le mangiez en potage ou en tarte.

Les familles trouvent beaucoup de plaisir à sculpter la tête emblématique de l'Halloween en lui perçant des yeux, un nez et une bouche qu'on illumine de l'intérieur, mais peu de gens la cuisinent. C'est dommage pour une denrée alimentaire de se déshonorer en pourrissant comme objet de décoration.

C'est moins pire qu'avant, me dit-on. «Depuis 15 ans, nos activités d'autocueillette de citrouilles connaissent un grand succès. Cet automne, nous avons vendu 3000 citrouilles», fait savoir Johanne Riverin que j'ai rencontrée au kiosque de la Ferme du ruisseau, à Saint-Fulgence. «Les familles prennent d'assaut la ferme, surtout lors d'un long congé de l'Action de grâce. La terre se fait piétiner, mais c'est tellement beau de voir les sourires des enfants devant ce produit coloré, dit-elle. Il s'en gaspille encore beaucoup, mais les gens les cuisinent de plus en plus. Depuis cinq ans, on constate un intérêt de la part des gens pour éviter le gaspillage. Je rends disponibles des recettes de potage et de muffin à la citrouille et la clientèle les utilise, commente l'agricultrice qui amorcera son congé hivernal en fin de semaine. «Je vais consacrer quelques jours pour des tâches administratives et après je m'endors pour l'hiver», dit-elle en riant. Dès la mi-janvier, elle va se remettre à planter des semis pour la prochaine saison chaude.

Il se trouve de plus en plus de personnes pour prendre la défense des citrouilles qui se font sculpter au lieu de se faire cuisiner. Il y a quelques jours, le chef Daniel Vézina, dans le cadre de l'émission de radio On n'est pas sorti de l'auberge, diffusée le samedi à Ici Radio-Canada, animé par Francis Reddy, a utilisé le terme sacrilège en ce qui concerne le gaspillage de citrouilles. On peut faire des soupes, des confitures, des nachos, des purées, des tartes, pour ne pas les jeter. Vous pouvez même conserver les graines pour les planter dans la terre au printemps et faire pousser vos propres citrouilles.

Un collègue me disait justement que l'Halloween est une fête qui n'a pas de sens. «C'est l'hommage aux bonbons et aux sucreries, ça n'a rien à voir dans la culture québécoise. Il faut acheter des costumes, c'est à contre-courant. Cette fête ne devrait pas exister», a-t-il lancé à qui voulait l'entendre. Évidemment, peu de gens étaient d'accord avec lui. Les parents s'amusent beaucoup en déguisant les enfants et en se promenant de maison en maison pour la collecte de bonbons. Des bonbons qui traînent souvent au fond d'un sac et qui finissent par se retrouver à la poubelle parce que les parents viennent à bout de voir les petits croquer dans des bonbons et des barres de chocolat.

Admettons que la consommation a réussi une fois de plus à s'accaparer de la fête, comme cela se fait à Noël, à Pâques, à la Saint-Valentin et à la fête des Mères pour que les familles dépensent des dizaines de dollars, parfois des centaines, en objets de décoration, costumes de tous genres, bonbons et chocolats sans compter les nombreuses soirées pour adultes organisées dans les bars et salles communautaires.

Même si c'est la fête du gaspillage, réjouissons-nous de voir que les parents et les enfants en profitent pour s'amuser, car si l'on se fie à l'espace que l'Halloween occupe dans les commerces et dans la décoration extérieure des maisons, je n'ai pas l'impression que ça va diminuer dans les années à venir. En plus ça permet aux ados de se taper une nuit d'horreur cinématographique.

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