Il faisait chaud au 3e étage

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Cent cinquante candidats ont attendu patiemment toute la... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Cent cinquante candidats ont attendu patiemment toute la journée et une partie de la soirée, au 3e étage du palais de justice.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il faisait chaud au troisième étage du Palais de justice de Chicoutimi, lundi, pour la sélection du jury en vue du procès d'Yves Martin. Il y avait au moins 150 personnes cordées l'une à côté de l'autre sur des chaises ou adossées contre le mur. «Ils n'étaient pas préparés à ça, ils ont manqué de chaises», dira un jeune homme rencontré sur place. J'y ai croisé toutes sortes de monde, des politiciens, des musiciens, des infirmières, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux et il n'y avait pas beaucoup de monde heureux d'être là.

«Quand j'ai vu la lettre qui provenait de Québec, je pensais que c'était un ticket de police. Quand ma blonde a vu la convocation, elle était fâchée après moi. Elle m'a demandé ce que j'avais fait pour être convoqué», racontait un jeune homme qui discutait avec les autres candidats jurés.

«Mon employeur m'a libéré, il n'a pas le choix, mais je vais manquer deux journées d'ouvrage si je ne suis pas reçu pour la sélection aujourd'hui. Deux jours de salaire en moins, ça commence à paraître», se plaint une dame qui travaille dans un centre sportif.

«On est comme entre deux eaux dans ce genre de situation: ça ne nous tente pas d'être là, mais en même temps, on veut que la justice suive son cours», commente un homme d'âge mûr qui attendait debout proche des portes de l'ascenseur. La zone de l'ascenseur donnait d'ailleurs lieu à plusieurs scènes un peu cocasses. Les jurés potentiels non retenus après leur convocation se faisaient tous regarder à leur sortie de la salle d'audience par les gens en attente.

Je revois encore cette jeune femme qui fait un «Yessss!» avec le poing fermé le long de la hanche parce que trop contente de ne pas avoir été retenue comme membre du jury. Un autre encore qui raconte ce que le juge lui a posé comme questions et pourquoi il n'a pas été retenu, ce qui donne des idées à ceux qui ne veulent pas vivre cette expérience.

Il y a aussi ce grand jeune homme âgé d'à peine plus de 18 ans qui sort de la salle en disant que le juge lui avait dit de réfléchir aux réponses qu'il donnait et de retourner dans la salle, car il serait rappelé. Il y a aussi cette infirmière que le juge a préféré retourner auprès de ses patients où elle sera certes très utile.

C'est quand même inhabituel de faire partie d'un groupe de 150 personnes convoquées pour la même démarche. Il se développe une sorte de complicité entre les gens qui ne se connaissent pas du tout. Ils se mettent à discuter de comment ça doit se passer à l'intérieur du tribunal, pendant qu'un homme disait à qui voulait l'entendre qu'il ne jurerait pas sur la Bible. «Je suis prêt à faire une déclaration solennelle, mais pas sur la Bible, non ça c'est sûr.» Il y en a même qui se permettent de raconter ce qu'ils savent de la cause ignorant qu'ils contaminent des jurés potentiels qui ne connaissent rien de cette affaire.

Les gens badinaient un peu dans les couloirs d'attente, mais devinaient le sérieux de la chose. Ils savaient qu'ils devraient répondre honnêtement aux questions du juge et des avocats. Un homme qui a déjà été condamné dans le passé pour ivresse au volant avait déclaré sa situation au shérif qui l'a quand même sommé de se présenter pour la sélection. Il trouvait dommage de perdre son temps ici alors qu'il savait très bien qu'il ne serait pas choisi. «Ne perds pas toute ta patience tout de suite, garde-t'en pour demain, ça se peut fort bien qu'on revienne», conseille un jeune homme à un autre qui piaffait.

Ça ne leur tentait pas d'être là, mais ils semblaient en même temps contents de voir le processus judiciaire s'exercer avec autant de rigueur. C'est un processus important et j'envie ceux qui se retrouvent dans une situation idéale, c'est-à-dire qui n'ont pas entendu parler de cette histoire de conduite en état d'ébriété ayant causé la mort, qui ne connaissent ni l'accusé ni les témoins et que la candidature est retenue. Ça doit être tout un sentiment qui monte en nous de savoir qu'on aura la responsabilité de juger quelqu'un.

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