Une démarche bien balisée

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CHRONIQUE / Si on vous autorise à recevoir l'aide médicale à mourir (AMM), vous... (Archives La Presse Canadienne)

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Archives La Presse Canadienne

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Si on vous autorise à recevoir l'aide médicale à mourir (AMM), vous serez entouré d'une équipe composée d'une infirmière, d'un travailleur social ou d'un intervenant spirituel. Vous recevrez par voie intraveineuse une dose de midazolam, pour réduire l'anxiété, et ensuite une dose de propofol ou de phénobarbital, pour induire un coma artificiel. Suivra ensuite un arrêt respiratoire. Votre avis de décès n'indiquera pas que vous avez reçu de l'aide médicale à mourir, mais il précisera quelle maladie a entraîné votre mort. Oubliez la piqûre ou la pilule de fin de vie qu'on peut prendre si ça nous tente, il y a tout un protocole avant de pouvoir mettre fin à vos jours.

«Mais avant d'en arriver à une AMM, vous devrez être en phase terminale de votre vie biologique. Une personne de 95 ans, qui vit seule dans son appartement et qui est tannée de vivre, ne peut pas recevoir une aide médicale à mourir. Il faut être en phase terminale et la personne doit en faire la demande de façon libre et éclairée et réitérer sa volonté de recevoir l'AMM», a précisé le Dr Jean Mathieu, coordonnateur du Groupe interdisciplinaire de soutien à l'AMM du CIUSSS de la région, lors d'une conférence devant le grand public lundi à Jonquière.

La démarche est bien balisée. Il y a un long formulaire à remplir, une forme de dédale médico-législatif qui est analysé par un comité qui devra s'assurer que la personne répond à des critères très précis en plus d'obtenir l'avis d'un deuxième médecin. La loi prévoit même un délai de 10 jours entre la demande de l'AMM et l'exécution de cette demande. «La lourdeur de la démarche est voulue pour éviter les dérives», commente le Dr Mathieu.

La dame assise en face de moi, parmi la centaine de personnes qui assistait à cette conférence, trouve que la loi ne va pas assez loin. «Franchement, est-ce qu'ils ont pensé aux patients et à la famille qui entoure la personne en fin de vie? Attendre dix jours ou deux semaines en soins palliatifs, c'est interminable et très difficile à vivre, c'est beaucoup trop long comme délai», me dit-elle.

La dame n'a pas voulu que je parle d'elle et de son cas en particulier. Elle a un fils d'une cinquantaine d'années qui est gravement malade et qui voudrait recevoir une aide médicale à mourir, mais il ne répond malheureusement pas aux critères de phase terminale.

«Il souffre beaucoup, il n'a plus de vie, il est dans un CHSLD et il voudrait que ça finisse, mais il ne peut pas», dit-elle en retenant ses larmes.

«C'est un début de démarche, fait valoir le Dr Mathieu. Les discussions vont continuer pour probablement extensionner les demandes qui pourraient inclurent les mineurs matures, les demandes anticipées, la maladie psychiatrique et le retrait de la loi de la notion de mort raisonnablement prévisible. Il y a beaucoup d'autres réflexions à faire là-dessus», ajoute-t-il.

En début de conférence, la Dre Céline Benoit, DSP adjointe du CIUSSS régional, a présenté la Loi concernant les soins de fin de vie du Québec et a piqué la curiosité de plusieurs personnes avec la Directive médicale anticipée (DMA). «Il s'agit d'un écrit par lequel une personne majeure et apte à consentir aux soins indique à l'avance les soins médicaux qu'elle accepte ou qu'elle refuse de recevoir dans le cas où elle deviendrait inapte à consentir aux soins. Il s'agit du droit de décider comment vont se faire vos soins de fin de vie. Avant les soins palliatifs pouvaient durer de trois à quatre semaines, mais aujourd'hui, ça peut durer de trois à quatre ans», dit-elle. Alors, si une personne n'est plus apte à demander une aide médicale à mourir, ce document signé à l'avance permettra d'éviter les risques d'acharnement thérapeutiques et les dilemmes déchirants auxquels sont confrontées les familles.

On est encore loin de décider de l'heure et du jour qu'on voudrait mourir, mais les lois vont continuer d'évoluer. Ça devrait être plus facile dans 20 ans, mais c'est un début.

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