L'armoire à bonbons

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CHRONIQUE / Me voilà grand-père. La conjointe de mon fils a donné naissance à... (Photo 123RF)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Me voilà grand-père. La conjointe de mon fils a donné naissance à une magnifique fillette dimanche dernier. Je me suis toujours moqué des jeunes grands-papas qui capotaient avec leurs petits-enfants, qui se mettaient à quatre pattes sur le plancher pour faire des guili-guili avec les poupons.

Plusieurs d'entre eux prenaient la route chaque mois pour traverser la 175 pour aller voir leur progéniture. Ils traînaient des photos de leurs petits-enfants dans leur porte-feuille, alors qu'ils ne l'ont jamais fait pour leurs propres enfants. Ils me racontaient la grande joie qu'ils avaient de garder les petits-enfants la fin de semaine pour les chouchouter et donner un peu de répit aux jeunes parents. J'ai seulement vu la petite en photo et je l'aime déjà à être gaga.

Je me rappelle de ma mère dans son rôle de grand-mère. C'est elle qui menait, si les enfants voulaient du chocolat ou des bonbons et que les parents voulaient s'interposer en disant: «Non, il va gâcher son souper ou pas de bonbons ce n'est pas bon pour les dents». Ma mère répondait: «Tut, tut, tut, tu les priveras chez toi, ici c'est permis et c'est bon des bonbons. Viens ici mon petit, quelle couleur tu veux? Oui tu peux en prendre deux», disait-elle pendant que les petits s'en mettaient plein la bouche en regardant leurs parents et leur mine désapprobatrice.

Quand mes soeurs ou mes frères venaient faire garder leurs enfants par grand-maman Flore, (elle s'appelait Florestine), ma mère écoutait les consignes concernant les petits, l'heure du dodo, la température du lait, les pyjamas, le ci, le ça, etc. Dès que les parents étaient partis, toutes les consignes tombaient, son plaisir malin était de tremper la suce des jeunes poupons dans la mélasse ou du miel avant de leur mettre dans la bouche. Les petits se mettaient à téter les yeux ronds comme des billes et on pouvait y voir le plaisir. Elle n'hésitait pas à laisser les enfants en couche s'il faisait trop chaud. Elle plaçait tout de même des bandes élastiques autour des pitons d'armoire pour éviter que les enfants boivent de l'eau de javel, mais elle ne s'en faisait pas trop avec le reste, il n'y avait pas grands bibelots que les enfants ne pouvaient pas se mettre dans la bouche.

Les grands-parents que je connais ont tous leur armoire à bonbons pour les petits-enfants et prennent un malin plaisir à gâter leur progéniture. Ils me le racontent avec un peu de malice, c'est souvent un secret entre eux. «Tu peux en prendre quand tu veux, mais ça doit demeurer un secret entre nous», disent-ils. Et il paraît que les grands-parents et les petits-enfants aiment bien partager des secrets. J'ai bien hâte de voir.

Certains grands-parents en profitent aussi pour inculquer quelques éléments d'éducation qui sont importants pour eux, mais peu importants pour les jeunes parents, comme les merci, s'il vous plaît, pas de chaussure sur les meubles, céder la chaise aux plus âgés, ne pas interrompre, bien tenir sa fourchette, etc. La plupart cependant avouent être plus laxistes et plus permissifs avec leurs petits-enfants qu'ils l'ont été avec leurs propres enfants. Ils ramollissent en vieillissant.

La petite Flora est la fille de parents issus de familles éclatées. En théorie elle aura quatre grands-papas, quatre grands-mamans, des grands-parents de sang et des grands-parents par alliance tout comme les oncles et les tantes. Elle grandira avec toute cette parenté reconstituée autour d'elle. Croyez-vous que le lien de sang aura de l'importance? Je pense bien que non. Les familles reconstituées ou constituées par l'adoption d'enfants vivent toutes ensemble sans que le lien de sang ait de l'importance. Nous sommes tous touchés, émus, heureux et malheureux de ce qui arrive à ceux qu'on aime et avec qui on vit. Le lien de sang a de l'importance pour la génétique, mais l'ADN de l'amour n'a pas encore été décodé. Ça ne passe pas par le sang.

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