Les cris des enfants qui s'amusent

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CHRONIQUE / Les cris d'enfants qui s'amusent me rendent heureux. Je trouve ça... (Photo 123RF)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Les cris d'enfants qui s'amusent me rendent heureux. Je trouve ça beau, ça me rend joyeux, on dirait que je retombe en enfance. Les voir courir, se bousculer, se chamailler, jouer, sautiller, je trouve que c'est ça la vie, ça vaut la peine d'ouvrir les fenêtres juste pour entendre rire cette enfance.

Dernièrement, je marchais près de la cour de récréation d'une école primaire, la vie, l'avenir s'offraient en spectacle avec des vêtements de toutes sortes de couleurs et des visages souriants. J'aurais aimé m'attarder un instant sur le bord de la clôture pour admirer la joie et l'innocence sur deux pattes, mais j'ai continué mon chemin, les oreilles bien tendues et les deux mains dans mes poches. C'est mal vu dans notre société qu'un homme de 55 ans se plante derrière une clôture pour regarder des enfants jouer dans la cour, on associe ça au comportement d'un pédophile.

Récemment, en écoutant la radio, les animateurs discutaient justement de ces comportements suspects. «C'est louche de voir un gars d'un certain âge s'installer près des jeux d'eau sur la Zone portuaire s'il n'est pas le père ou le grand-père d'un des enfants qui s'amusent dans les jeux d'eau.» C'est là où nous sommes rendus. Même les bons papas honnêtes peuvent avoir l'air louches s'ils regardent des enfants.

Vous pourriez me dire que je paranoïe et que cette prudence est exagérée; rien n'empêche qu'un gars ne peut plus s'attarder pour observer des jeunes sans que les responsables se posent des questions. Comme la justice, surtout celle des réseaux sociaux, a le bras long, il suffit parfois d'une photo prise avec un téléphone intelligent et publiée sur Facebook ou d'un coup de fil à la police d'un voisin méfiant pour que la machine s'emballe et qu'on se retrouve au coeur d'une spirale de l'opinion publique qui peut faire basculer une vie.

Le bon monde doit marcher les fesses serrées, comme ces professeurs masculins qui n'osent plus recevoir d'étudiantes dans leur bureau la porte fermée ou sans témoins de crainte de se faire accuser de gestes déplacés, ou comme les enseignants, homme ou femme, qui n'osent plus lever le ton face à un élève pour ne pas se faire accuser de violence verbale, ou comme tous ces professeurs qui n'osent plus poser la main sur l'épaule d'un élève de crainte de faire un attouchement.

Le mois dernier le journal Le reflet du lac de Magog rapportait qu'homme louche avait été aperçu aux jeux d'eau de Magog avec une caméra à la main, filmant des enfants en train de s'amuser. C'est une citoyenne qui a porté plainte à la Régie de police de Memphrémagog, après avoir partagé son histoire sur les médias sociaux. L'homme était un travailleur relié à ces nouvelles installations, il était venu sur place pour vérifier l'état des structures et a pris des photos des jeux dans le cadre de son travail.

Au début du mois, un homme a semé l'émoi à Edmundston quand une femme a publié sur Facebook la présence d'un homme louche dans son quartier à 3h du matin pour ensuite appeler la police. Le suspect était un homme bien connu dans son milieu qui a offert à deux jeunes filles de les reconduire à la maison, car il pleuvait abondamment.

Les hommes ne peuvent même plus agir en bon père de famille sans que leurs gestes deviennent suspects ou louches. J'ai déjà par le passé embarqué deux jeunes filles qui faisaient de l'autostop à 2h du matin en direction de Falardeau. Je suis allé les reconduire à leur résidence, je trouvais que ça n'avait pas de sens de faire du pouce en pleine nuit.

Le lendemain, un ami policier, à qui je racontais mon geste de bon samaritain, m'a recommandé de ne plus jamais faire ça. «Les filles auraient pu inventer une histoire pour excuser leur heure tardive et raconter que c'est un gars qui a fait un détour en auto pour tenter de les abuser. Ça aurait été ta parole contre leur récit», m'a-t-il dit. Je n'ai plus jamais embarqué de «pouceux» depuis ce temps, tout comme je ne m'attarde pas devant une cour de récréation pour regarder les enfants jouer et faire résonner la vie. C'est dommage.

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