La chasse: une activité contemplative

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CHRONIQUE / Les chasseurs d'orignaux pensent à leur voyage de chasse depuis... (Photothèque Le Soleil)

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Photothèque Le Soleil

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Les chasseurs d'orignaux pensent à leur voyage de chasse depuis l'automne dernier, de vrais malades, des passionnés sans bornes. De plus, selon les statistiques régionales, neuf chasseurs sur dix n'abattront pas d'orignaux. Pour 90% d'entre eux, leur partie de chasse se terminera sans résultat. Ils passeront une semaine, voire deux semaines en forêt sans que leur carabine de plusieurs centaines de dollars ne tire un seul coup de feu.

Pourtant, depuis le début de l'été, ils se rendent à leur territoire de chasse situé sur une zec ou sur le territoire libre, sur les terres publiques. La plupart vivent leur expérience de façon rustique, dans un camp de chasse modeste chauffé au bois et alimenté au propane. Pourtant, ils sont équipés à la fine pointe de la technologie avec des camionnettes 4X4, des VTT, une génératrice, un treuil mécanique pour sortir l'orignal du bois sur une remorque derrière le VTT, des scies à batterie pour dépecer l'animal, des appareils électroniques pour imiter les appels de la bête, toutes sortes de produits odoriférants qui répandent des odeurs pour masquer les odeurs humaines ou pour imiter les odeurs d'une femelle en chaleur pour attirer les gros mâles.

Ils utilisent des salines, de gros blocs de sel qui font le régal de l'élan d'Amérique afin de l'habituer, pendant l'été, à fréquenter le même endroit une fois la chasse venue. Car non seulement les orignaux adorent le sel, mais ils se souviennent des endroits où s'en procurer.

Depuis quelques années, les salines ne servent plus à attirer des orignaux dans un endroit précis, elles sont devenues des studios de photos où ils posent pour alimenter l'espoir.

Les chasseurs installent des appareils photo, qui valent plusieurs centaines de dollars, avec détecteurs de mouvements fixés après un arbre. Chaque fois qu'une bête se déplace dans le secteur, l'appareil prend une photo et parfois des séquences vidéo d'une à 90 secondes selon les réglages et selon le type d'appareil. Les chasseurs se rendent donc régulièrement sur leur site de saline pour récupérer la carte photo de l'appareil pour la télécharger dans leur ordinateur.

Ils vont regarder ces images en haute définition pendant des heures. Ils ne se contentent plus d'observer des traces sur le sol; ils ont le loisir de voir le film des bêtes en vedette sur leur territoire. Ça nourrit l'espoir, sans pour autant améliorer les statistiques de chasse. Ça les motive cependant à se lever plus de bonne heure le matin.

Beaucoup d'espoir

Les chasseurs se pointeront donc avec beaucoup d'espoir cet automne dans leur camp de chasse rustique. Ils vivront au rythme de la nature, car au risque de me répéter, 90% d'entre eux ne récolteront pas d'orignal lors de leur expédition de chasse.

La journée de chasse commence une demi-heure avant le lever du soleil. Le soleil se lève vers 6 h 30 ces jours-ci, donc les chasseurs s'arrangeront pour être dans leur spot de chasse vers 5 h 30 afin d'être prêt à faire feu à bonne heure. Ils doivent se lever vers 4 h du matin pour être au rendez-vous.

Certains s'installeront dans une cache construite dans un arbre ou dans un endroit stratégique qui offre une vue sur un endroit où la bête peut se présenter. Ils attendront ainsi toute la journée que la bête lumineuse se pointe le museau, un museau hors de l'ordinaire, qui sent tout sur de grandes distances. D'autres choisiront de marcher toute la journée, silencieusement, en espérant trouver la bête sur leur chemin, ces derniers ne sont pas capables de rester assis toute la journée. Il faut qu'ils bougent.

Les pieds sur la bavette du poêle

De retour au camp de chasse, vers 19 h 30 (la chasse se termine vers 19 h 15 ces jours-ci), les chasseurs se feront chauffer les pieds sur la bavette du poêle à bois en se racontant toutes sortes d'histoires. Ils auront passé toute la journée en forêt, seuls avec eux-mêmes à pratiquer une activité contemplative. Les amateurs de plein air ont de la difficulté à s'imaginer que la chasse est une activité contemplative. Passer quinze jours en forêt à regarder ce qui se passe autour de nous, tout en silence, ça demande un peu de «zénitude».

En vérité, la partie de plaisir se termine quand les 10% de chanceux abattent un orignal. Après le coup de feu, il faut se mettre au travail, éviscérer l'animal, le débiter et le conserver. Depuis quelques années, les chasseurs s'empressent de ramener leur venaison le plus rapidement possible en ville pour la conserver dans les chambres froides des centres de débitage, afin d'éviter de perdre la viande. Les changements climatiques font que les automnes sont de plus en plus chauds. Il est donc risqué de garder la viande en forêt.

Ils seront donc un sur dix à manger de la viande bio pendant l'hiver, un mets recherché par de plus en plus de gens.

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