L'échec n'est plus une option

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Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / En 2008, il y avait environ une quinzaine d'élèves en situation de handicap au Cégep de Chicoutimi qui bénéficiaient du Service adapté pour la réussite des apprentissages (SARA). Pour la rentrée en 2016, ils sont plus de 250.

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Michèle Martin, conseillère en services adaptés au Cégep de Chicoutimi.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Le TDAH (trouble déficitaire d'attention avec ou sans hyperactivité), les troubles neurologiques comme l'autisme, les troubles anxieux, les troubles de l'humeur, les troubles alimentaires, les troubles visuels ou auditifs, les troubles de lecture et d'écriture comme la dyslexie et la dysorthographie, les TCC (traumatisme craniocérébral) et les troubles de santé physiques ne sont plus maintenant des embûches à la réussite scolaire.

«Avant que des services soient offerts à ces élèves en difficulté d'apprentissage, leur cheminement scolaire se traduisait par un échec; ils ne pouvaient même pas rêver à des études collégiales», affirme Michèle Martin, conseillère en services adaptés au Cégep de Chicoutimi.

«Je me rappelle d'un élève en 2008 qui avait échoué six fois son test de français à la fin de ses études. Il souffrait de dyslexie, la difficulté à lire les mots. Nous l'avons accompagné pendant six mois pour favoriser son apprentissage en fonction de son handicap et il a obtenu son diplôme d'études collégiales (DEC). Il travaille aujourd'hui en soins infirmiers, il est responsable de l'unité des soins intensifs. Sans aide, ce jeune se serait retrouvé face à un échec avec tous les impacts que cela engendre pour l'estime de soi et la recherche d'emploi», témoigne Michèle Martin.

J'ai rencontré l'équipe du Cégep de Chicoutimi dans un petit local adapté pour les élèves en situation de handicap, où le chuchotement est d'usage et avec une couleur beige sur les murs pour éviter les distractions. C'est là que les élèves se rendent pour passer un examen ou pour trouver une solution pédagogique à leur handicap.

Certains des élèves arrivent au cégep avec un diagnostic qui a été prononcé au secondaire et s'inscrivent directement au service adapté dès le début de l'année. D'autres cependant ont réussi à passer leurs études secondaires en surfant sur des notes de 60% sans avoir reçu de diagnostic pour un problème d'apprentissage.

Enfin de l'aide

«On détecte des élèves atteints d'un handicap d'apprentissage par les cours de français. Tous les élèves suivent ces cours et les professeurs ont développé des habiletés avec les années pour identifier des difficultés. La plupart du temps, les élèves sont contents de savoir qu'on a détecté un problème. Ils nous disent: "Enfin, j'ai de l'aide". Les parents sont aussi ravis de notre approche. Ils nous disent souvent: "Je le savais qu'il y avait un problème, ça fait des années que je le dis"», raconte Michèle Martin qui rencontre des battants et des jeunes courageux qui veulent réussir malgré leurs difficultés.

Un peu tout le monde a dû composer avec des difficultés d'adaptation au début de l'intégration des élèves en situation de handicap, mais de beaux résultats ont émergé des nouvelles approches.

«Prenons par exemple le cas d'un examen de mathématique qui devait se faire en une heure. Les très bons terminaient en 15 minutes, les bons en 30 minutes, les moyens en 45 minutes alors que les TDAH n'arrivaient pas à finir à temps. Qui a dit qu'un examen de mathématique doit se faire en une heure? L'élève en situation de handicap peut maintenant consacrer une heure et demie ou deux heures pour terminer son examen. Il se retrouve devant une réussite au lieu de se retrouver en situation d'échec, ça change tout», fait valoir la conseillère en services adaptés.

Dans certains cas, les professeurs fournissaient les notes de cours aux élèves qui avaient des difficultés. Ils pouvaient ainsi être plus attentifs en classe et se concentrer sur la dynamique d'enseignement sans avoir besoin de prendre des notes pendant que le prof enseigne. Aujourd'hui, certains enseignants fournissent les notes de cours à toute la classe et ça facilite l'apprentissage pour tout le monde.

Manque de ressources

Si 250 élèves sortent du cégep avec un diplôme au lieu d'un échec, c'est tout un gain pour eux et pour la collectivité. «Le problème, c'est que nous sommes deux intervenantes pour 250 élèves alors que nous devrions être cinq. Nous sommes toujours débordés, mais la réussite de ces jeunes est une belle récompense», fait valoir Michèle Martin.

Depuis 2009, le gouvernement oblige les établissements d'enseignement à faciliter l'accès des élèves handicapés à l'enseignement, notamment ceux ayant des problèmes graves de santé mentale et des troubles d'apprentissage, en assurant des services d'aide qui répondent à leurs besoins. Sur le site Internet de la Fédération des cégeps du Québec, en 2014, on comptait 11 337 étudiants en situation de handicap, soit huit fois plus qu'en 2007, alors que les 48 cégeps du réseau collégial public comptaient seulement 1303 de ces étudiants.

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