Un gaucher tout croche imprévisible

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Antoine Bouchard et son ancien entraîneur du Club... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Antoine Bouchard et son ancien entraîneur du Club de judo de Jonquière, Roger Tremblay.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'entraîneur du Club judokas Jonquière, Roger Tremblay, celui qui a fait émerger Antoine Bouchard le judoka qu'on a vu échapper l'argent et le bronze aux Jeux olympiques de Rio, estime que son poulain aura beaucoup de pression aux Jeux de Tokyo en 2020. «Une médaille à Rio aurait été extraordinaire pour Antoine, mais dans quatre ans il aura 26 ans, il sera au sommet de sa progression et ce sera une fenêtre idéale pour une médaille olympique», a fait valoir l'entraîneur de 65 ans qui se rappelle encore de sa chance manquée alors qu'il avait 27 ans et qu'il faisait partie de l'équipe nationale de judo.

«En 1976, j'étais membre de l'équipe nationale et j'espérais me tailler une place pour les Jeux de Moscou en 1980. J'avais 27 ans et j'étais au sommet de ma forme quand le Canada a décidé de boycotter les Jeux», se rappelle Roger Tremblay qui l'avale encore un peu de travers après toutes ses années. Son regard en disait long quand je l'ai rencontré dans son bureau mercredi après-midi avant de recevoir Antoine Bouchard qui revient faire un tour dans son club après son excellente performance à Rio.

Ce n'est pas pour rien que l'autre judoka, Antoine Valois-Fortier, s'est effondré en larmes devant les caméras après sa défaite. Il avait remporté le bronze à Londres en 2012 et avait accumulé plusieurs victoires internationales depuis quatre ans. «Il savait que 2016 était sa fenêtre, il était au top à 26 ans et il sait qu'il n'aura plus d'autres chances de récolter une médaille olympique», témoigne Roger Tremblay. «J'ai hâte de revoir Antoine Bouchard, les deux dernières semaines ont été très intensives, le téléphone n'a pas dérougi ici au club. Ces dernières années, je suis allé voir combattre Antoine à Cuba, à Paris et à Toronto. Il fait maintenant partie des meilleurs au pays et il participe à près de 25 tournois internationaux par année», explique le judoka de plus de 50 ans d'expérience, dont 42 années au sein de son propre club.

Tous ceux qui ont regardé les combats d'Antoine Bouchard à la télévision ont entendu l'animateur Patrick Esparbès (un autre du club de Jonquière qui a été directeur général de Judo Québec pendant 12 ans) commenter le combat en répétant à plusieurs reprises qu'Antoine avait un style particulier, une façon unique de se battre qui déstabilise ses adversaires. Les néophytes de mon genre ne voyaient pas vraiment de qu'il avait de différent des autres. Roger Tremblay a tenté d'expliquer.

«D'abord, c'est un gaucher, il est grand et il n'a pas le physique normal des judokas de sa catégorie dans les 60 kilos. Les soixante sont généralement petits, trapus et travaillent sous leur adversaire pour les renverser. Antoine utilise beaucoup ses jambes et reste debout, ce qu'on ne voit pas souvent dans sa catégorie», dit-il. Le Japonnais qui a battu notre Jonquiérois a été champion du monde à trois reprises, précise Roger Tremblay pour mettre en relief le défi que devait relever notre gaucher.

Pour Roger Tremblay, c'est toujours un honneur de voir un de ses élèves gravir les échelons internationaux de la compétition, même si c'est triste de les voir partir de son club. «On n'a pas le choix quand un jeune se distingue sur la scène internationale, on doit le laisser partir pour l'équipe nationale dès l'âge de 17 ans. Ça nous fait de la peine de les voir partir, ils sont de bons exemples pour les jeunes qui adorent travailler avec ceux qui sont champions de leur catégorie. Mais s'ils veulent se développer, on ne peut pas les garder ici, même si à Jonquière, on a les mêmes équipements que le centre national dirigé par Nicolas Gill», dit-il.

La performance d'Antoine Bouchard fait rayonner le judo pour le moment, même si le Canada n'a rien récolté dans ce sport. «Une 5e place, deux 7es places et deux combats perdus au départ ce n'est pas très bon, c'est un flop pour l'équipe nationale qui avait pourtant remporté plusieurs victoires au cours des dernières années. Les victoires aux championnats du monde, ça ne vaut pas une médaille olympique en termes de retombée. Il faudra attendre Tokyo. En attendant, on va célébrer les succès d'Antoine», de conclure celui qui compte pas moins de 150 ceintures noires dans son sillon et un médaillé olympique, Jean-Pierre Cantin, à Barcelone en 1992, dont la photo est accrochée sur un mur du club jonquiérois. Antoine Bouchard trouvera sa place à côté à titre d'olympien, pour le moment.

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