Le miracle de Sainte-Rose

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Pour de nombreux passants, Sainte-Rose-du-Nord est comme une... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Pour de nombreux passants, Sainte-Rose-du-Nord est comme une halte routière de luxe.

Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Sainte-Rose-du-Nord, le petit village saguenéen serti dans les falaises du fjord du Saguenay, brillait de tous ses feux mercredi midi à marée montante, sous un soleil de plomb adouci par la fraîcheur du décor. Pour de nombreux passants, la perle du fjord est comme une halte routière de luxe. Les voyageurs laissent la route 172 pour aller se rincer l'oeil sur l'une des plus belles fenêtres sur le fjord, trois kilomètres plus bas.

C'est vrai que c'est comme une halte routière de luxe. À mon arrivée au bout de la rue du Quai, une cinquantaine d'automobiles sont stationnées près du quai. Les gens descendent en famille, le temps d'une halte, pour manger une poutine, un repas ou une crème glacée.

«Monsieur, est-ce que vous mangez un cornet au beurre d'érable?», me demande une touriste qui avait l'air de connaître le produit. Je m'étais laissé tenter plus tôt dans l'avant-midi, le monsieur de la cabane à crème glacée me faisait rire avec son casque de scooter sur la tête pour servir la clientèle. Il disait à la cliente: «Ça madame, c'est un ''must'' ici. On fait venir le beurre d'érable de la Beauce et ça coule automatiquement, en même temps que la crème». C'est cochon, je vous jure. Juste avant le dîner, c'est écoeurant.

Je vois Sainte-Rose comme une halte routière de luxe parce qu'une fois que tu as mangé ta crème molle ou pris le temps de pique-niquer sur le bord du fjord, tu vires de bord. Je sais qu'on peut marcher dans le village ou dans les sentiers au bord du fjord, grimper sur la montagne ou se rendre à la descente des femmes, mais la plupart des gens vont se rincer l'oeil sur le bout du quai pour ensuite continuer leur route.

D'ailleurs, c'est une honte de passer tout droit sur la route 172 sans s'offrir le détour par ce village bucolique, c'est trop beau, et du beau il en faut toujours dans notre vie, on ne doit pas se priver de ça. En plus de vous rincer l'oeil, vous aidez le village à survivre en laissant quelques dollars sur place. Les passants ou les voyageurs que nous sommes ont tendance à l'oublier, mais il y a des gens qui vivent dans ce village, par choix, ils ont choisi ce milieu de vie parce qu'ils aiment ça, parce que c'est plus beau, plus facile et souvent plus accessible qu'ailleurs.

Il ne faut pas oublier que ce sont les villageois qui donnent vie à ce qu'on considère comme une halte routière de luxe. La dame du dépanneur-épicerie-magasin-général, à peine plus grand qu'un bungalow, garde le fort depuis 17 ans. Sans la passion de cette femme et de ses collaborateurs, les 400 villageois devraient se rendre à Saint-Fulgence ou à Chicoutimi pour acheter un litre de lait ou faire leur épicerie.

«Vous savez, mon cher monsieur, qu'on tient cette épicerie parce qu'on aime ça, on aime notre village, on aime la vie ici et parce qu'on travaille ailleurs pour rester ouvert. Ça me coûte 1600$ d'électricité par mois ici, il faut que j'en vende des litres de lait pour payer ça. Heureusement, les touristes représentent un apport économique important durant l'été. Sans ça, on serait fermé de septembre à juillet», raconte la femme originaire de Montréal qui a choisi de vivre à Sainte-Rose.

On ne le réalise pas toujours, mais la présence d'un dépanneur, dans un petit milieu de 400 âmes, fait toute la différence. Vous vous imaginez prendre la voiture et rouler 30 kilomètres pour un litre de lait? Les petites choses deviennent importantes dans de petits milieux. Évidemment, même en région éloignée, au bout d'une halte routière de luxe, des inspecteurs du gouvernement trouvent le moyen d'envoyer un mineur de 17 ans qui mesure six pieds avec une barbe, qui joue la comédie pour acheter des cigarettes pendant qu'une trentaine de personnes font la file à la caisse au coeur des vacances. La dame de l'épicerie de village de 400 âmes se retrouve avec deux billets d'infraction (pour chacun des deux propriétaires) de 600$ pour avoir vendu du tabac à un mineur. L'imbécillité n'a pas de frontière.

Mais c'est aussi dans ce même commerce qu'un couple de touristes allemands se présente un beau jour avec un bébé en pleurs qui a perdu sa suce. Comme par hasard, la dame de l'épicerie avait une suce d'accrochée au mur, identique en tout point à celle que le bébé avait perdue. Vous savez ce que c'est un bébé qui perd sa suce? C'est comme ça qu'il arrive de petits miracles à Sainte-Rose, parce que des villageois gardent le fort.

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