Il dort avec les loups

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Le guide autochtone Éric Raphaël, ici avec une... (Photo Le Progrès-Dimanche, Roger Blackburn)

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Le guide autochtone Éric Raphaël, ici avec une truite de deux livres, vit dans le bois depuis son tout jeune âge.

Photo Le Progrès-Dimanche, Roger Blackburn

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je reviens d'un séjour de pêche avec guide dans la Réserve faunique Ashuapmushuan au nord du lac Saint-Jean. C'est un nouveau service qu'offre le territoire de pêche pour impliquer davantage les membres de la communauté autochtone de Mashteuiatsh.

Le deuxième matin de pêche, un guide du nom d'Éric Raphaël nous accompagne sur un lac. L'homme de 37 ans vit dans le bois depuis son tout jeune âge. Il a un camp de chasse sur le bord d'un lac, sans électricité, sans télévision, sans téléphone. Il fait son bois de chauffage et trappe les animaux à fourrure sur son territoire.

«Des fois les gens ont des préjugés envers les autochtones. Ils viennent ici comme clients dans la réserve faunique et quand ils voient un chalet autochtone sur le bord du lac et que la pêche n'est pas bonne ils disent que ce sont les Indiens qui ont vidé le lac. Je n'ai pas bâti mon camp sur le bord d'un lac vide, voyons. Je suis installé ici parce que la pêche est bonne. Pour moi le lac en avant de mon chalet c'est comme mon frigo. Quand je veux manger du poisson, je vais le pêcher dans le lac. J'en capture deux et je les fais cuire pour souper. Je ne fais pas congeler le poisson pour en faire des provisions, le lac c'est mon frigo», nous raconte le grand amant de la nature.

Il vit dans son camp et se rend en ville de temps en temps pour y faire son épicerie et pour faire du sport. «Du sport?», que je lui dis. «Oui je joue au hockey depuis que je suis jeune. Je suis un bon joueur. Les gars de l'équipe viennent me chercher dans le bois pour participer à des tournois. Plus jeune j'avais été invité à faire le camp d'entraînement du Canadien, le gars avec qui je devais partir à Montréal s'est sauvé avec les 2000$ que j'avais ramassés pour jouer au hockey», raconte notre guide de pêche aux pêcheurs un peu incrédules que nous sommes.

J'étais un peu surpris par ses propos, j'avais de la difficulté à imaginer un trappeur d'animaux à fourrure autochtone qui joue au hockey la fin de semaine. «On joue contre les Cris et d'autres équipes dans des tournois autochtones et contre les blancs. L'an passé on a gagné 60 000$ en bourse», nous dit-il tout bonnement.

Le gars vit dans le bois à l'année, il trappe les animaux à fourrure et joue au hockey. Il travaille comme défricheur et guide de pêche dans la Réserve faunique Ashuapmushan. «Quand j'ai le temps, j'ouvre des chemins avec une débroussailleuse et une scie mécanique pour accéder à des lacs qui n'ont jamais été pêchés (oui il y a encore au Québec des lacs qui n'ont jamais été pêchés). Je vais les essayer pour voir la qualité de pêche pour voir si on peut l'ouvrir à la clientèle pour le plan de pêche.»

Et là je lui demande comment il s'arrange l'hiver dans son chalet sans électricité. «Je chauffe au bois. Je fais mon bois de chauffage moi-même. Des fois, l'hiver quand il fait froid, les loups viennent dormir en appuyant leur dos contre mon chalet pour se réchauffer. L'autre fois il y en avait une quinzaine. Quand je me suis levé, ils sont partis, j'ai vu leurs traces autour du chalet», dit-il aussi simplement qu'un citadin dirait qu'hier soir un chat est passé sur sa galerie. En plus, il dort avec les loups.

Comme bien des membres de sa communauté, Éric Raphaël gagne aussi son pain en travaillant pour la Sépaq sur la réserve faunique. La Sépaq et la communauté autochtone ont fait le pari de travailler ensemble en collaboration pour exploiter ce territoire dans le respect des deux partenaires. La Sépaq a été longtemps sans investir un dollar dans cette réserve faunique, car les Innus réclament le territoire comme leur terre ancestrale qui fait partie du Nitassinan.

Les autochtones ont décidé de rester dans le réseau de la Sépaq tout en assumant la gestion du territoire, même s'ils ne renoncent pas à le gérer complètement un jour. L'entente de gestion commence à porter fruit et pourrait servir d'exemple dans bien des secteurs au Québec.

Le gestionnaire de la réserve faunique m'a confié que ça coûterait plus de 60 0000$ pour amener l'électricité au secteur Chigoubiche qui offre de l'hébergement à une clientèle de chasse et pêche. Je me disais que le premier ministre Philippe Couillard, qui est parfois client de la réserve faunique pour pratiquer des activités de chasse et pêche, qui est aussi ministre responsable de la région, pouvait donner un coup de coude dans les côtes du président d'Hydro-Québec pour lui suggérer d'amener l'électricité dans ce secteur d'hébergement. Ça permettrait de consolider l'emploi d'une vingtaine de travailleurs autochtones en plus d'offrir des opportunités de développement pour la réserve faunique. Il me semble que 60 0000$ pour fournir l'électricité dans la réserve faunique ce n'est pas cher payé pour favoriser la collaboration entre deux peuples.

Ça permettrait à des guides comme Éric Raphaël d'offrir de meilleurs services à la clientèle et ça leur faciliterait la vie.

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