De quoi parlent les filles?

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CHRONIQUE / Plus jeune, ma grande soeur parlait avec les gars au salon pendant... (123rf)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Plus jeune, ma grande soeur parlait avec les gars au salon pendant que les filles discutaient entre elles dans la cuisine. Elle aimait parler politique, économie et actualité, mais n'arrivait pas à faire lever ce genre de discussions dans un groupe de femmes. Je me rappelle qu'à l'époque, elle me disait qu'elle préférait discuter avec des hommes et qu'elle se lassait rapidement des sujets de discussion féminins.

On dirait que 40 ans plus tard, le même phénomène se passe quand on se retrouve entre amis. Les hommes et les femmes se séparent pour parler de leur sujet. On dirait que le sujet des uns n'intéresse pas les autres. Les filles qui n'aiment pas les discussions de filles leur reprochent de parler simplement de banalités. Ça parle de mode, de consommation, de maquillage, de soi, des autres filles, de sexe, des garçons, de leur malheur, de téléséries, du dernier album musical qui vient de sortir et de rien. Elles considèrent la confidence comme une activité privilégiée, elles se comparent, se consolent et se désolent. Quand il y a un nouveau chum dans le groupe, le sujet est épluché jusqu'à l'os, sans trop de réserves pour les confidences, me dit-on.

On me raconte que quand les filles se retrouvent entre mamans, les enfants sont au coeur des discussions, la marmaille étant l'un des sujets préférés des mamans. Le comportement de tout un chacun, leurs finesses, leurs relations sociales, les petits maux, les problèmes comportementaux, les choix d'activités et le manque de temps pour s'en occuper à leur goût, et chaque petit détail est nommé pendant que les autres mamans offrent beaucoup d'écoute.

On me dit aussi que la santé et les différents rendez-vous chez le médecin pour toutes les raisons possibles se retrouvent aussi sur la table des sujets discutés. Une collègue me faisait remarquer qu'une chose qui se fait de moins en moins, c'est d'étaler sa vie privée. «On dirait qu'avec Facebook, les filles étalent leur vie privée en photos, quotidiennement, et ce qui se publie sur Facebook ne revient pas dans nos discussions. C'est déjà assez public comme information», remarque-t-elle.

La plupart des femmes que je connais et que je côtoie sont des mamans ou des grands-mamans et je remarque en effet que les enfants sont au coeur des discussions. Je remarque que les femmes sont des êtres dédiés à leur famille, à leurs proches et à leur progéniture. J'entends aussi souvent parler d'alimentation. Ce sont encore les femmes qui contrôlent le contenu du frigo et la préparation des repas.

J'ignore si les mêmes réflexes vont se répéter encore pour les autres générations, mais récemment, cinq jeunes filles se sont installées à demeure dans notre maison après leur bal de finissantes de cinquième secondaire. Elles sont entrées, je les ai vues défiler l'une après l'autre. Je me serais cru dans un bal des princesses à Walt Disney. Elles ont défilé avec leur robe de bal, maquillées et coiffées comme des fées. Elles étaient vraiment ravissantes.

La première chose qu'elles ont faite a été d'enlever leur robe avec un grand soupir de soulagement et d'enfiler leur jogging en disant «bon enfin des vrais vêtements». Elles se sont ensuite rassemblées autour de l'îlot de cuisine pour écrire sur un bout de papier où elles se voient dans 10 ans, en 2026. Elles ont partagé leur vision, se sont questionnées sur le pourquoi et elles ont placé leur prédiction dans une grande enveloppe brune qu'on a conservée à la maison. Elles se sont promis de se retrouver dans 10 ans pour ouvrir l'enveloppe et replonger dans leurs souvenirs.

Je les ai même entendues parler du vote qui se dépouillait concernant le retrait du Royaume-Uni de la Zone Euro et des impacts probables du Brexit. Elles ont même fait des rapprochements entre Donald Trump et Marine Le Pen au sujet de leur politique d'immigration.

Les filles m'ont précisé qu'elles ne sont pas le reflet de leur groupe d'âge, car les cinq n'avaient pas de chum et n'avaient pas vraiment le goût d'aller à leur bal. Elles ont échappé une phrase cependant qui en disait beaucoup: les jeunes célibataires avaient beaucoup plus de plaisir à leur bal que les jeunes couples qui se tenaient par la main. C'est vrai que c'est tôt, 16 et 17 ans, pour jouer les couples sérieux et se serrer les fesses sur une chaise avec son ami de coeur, alors que c'est un bel âge pour fêter en gang.

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