La folie humaine

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Les drapeaux devant l'hôtel de Saguenay ont été... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Les drapeaux devant l'hôtel de Saguenay ont été mis en berne, lundi, au lendemain de la fusillade d'Orlando.

Photo Le Quotidien, Michel Tremblay

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je pensais qu'on avait fait du chemin avec l'acceptation de l'homosexualité.

Les parades de la fierté gaie, la présence de politiciens homosexuels au sein du parlement, les nombreux artistes qui sortent du placard sur la place publique, les lois autorisant le mariage entre gens de même sexe, les lois permettant aux couples homosexuels d'adopter des enfants, les romans mettant en vedette des homosexuels (Les Bienveillantes de Jonathan Littell, entre autres), les nombreuses oeuvres cinématographiques (Le Secret de Brokeback Mountain et, plus récemment, Le Jeu de l'imitation), les reportages, la fréquentation d'amis homosexuels et les associations et les regroupements comme la communauté LGBT (lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre) qui occupent l'espace médiatique n'ont pas suffi à semer une graine de tolérance dans la tête du tueur fou d'Orlando, en Floride, qui a fait 49 morts et 53 blessés en ouvrant le feu dans un bar gai.

Les discussions après un drame semblable nous amènent sur le terrain de l'homophobie et de l'intolérance face aux homosexuels. Carl Gaudreault, directeur des promotions à KYK RADIO X et des stations Planètes au Lac-Saint-Jean, a une vision beaucoup plus large de cette folie humaine.

«Plus les informations nous arrivent, plus on constate qu'il s'agit d'un geste homophobe. Ça engendre la déception et le découragement, mais pas la peur. Ce genre de folies meurtrières a été fait contre des femmes (Polytechnique), contre des enfants (Colombine, Sandy Hook), contre des journalistes (Charlie Hebdo), contre des soldats et contre du monde ordinaire», nuance celui qui a fait son «coming out» à 21 ans.

Je croyais, à tort, que vivre son homosexualité en région était plus difficile que dans les grandes villes. «C'est parce qu'en région, il n'y a pas de communauté gaie comme dans les grandes villes et on est souvent seuls devant cette réalité. On n'a pas beaucoup de modèles homosexuels en région, on est livrés à nous-mêmes», explique l'homme de 39 ans qui rencontre des jeunes à l'occasion dans le cadre de conférences dans les écoles.

La génération de Carl Gaudreault commençait à avouer son homosexualité vers l'âge de 21 ans, l'âge où ils quittaient le cégep pour l'université souvent à l'extérieur de la région. «Aujourd'hui, les jeunes font leur ''coming out'' vers 14 ou 15 ans. Les jeunes ne s'en font pas avec les gais, ils en côtoient à l'école, les admirent dans les nombreux personnages de séries télévisées et, pour la plupart d'entre eux, c'est normal. Il y a une réserve, cependant, et c'est quand on parle des bisexuels. Là, on se croirait dix ans en arrière. Les jeunes expriment immédiatement leurs préjugés. ''Les bis, ce sont des gais refoulés, ils ne s'acceptent pas'', me lancent les jeunes. Pourtant, les bisexuels sont des gens qui font abstraction des genres, ils tombent en amour avec des êtres humains, qu'ils soient hommes, femmes ou autres», fait-il remarquer.

Dans ces tueries, ces folies humaines motivées par l'homophobie, par le radicalisme religieux ou militaire, par la folie passagère ou par la détresse, il faut y voir un dérèglement du cerveau humain. Les tueries se font avec des armes à feu, avec des bombes artisanales, en détournant des avions, en faisant dérailler des trains ou avec des gaz meurtriers. Des êtres déréglés, ceux qu'on appelle les loups solitaires, vont malheureusement continuer à hanter nos vies.

«La communauté gaie va faire comme après le Bataclan à Paris, les gens vont fréquenter davantage les bars et les soirées gaies pour montrer qu'ils n'ont pas peur, comme l'ont fait les gens qui ont fréquenté les terrasses à Paris. La réaction des gens sera de montrer qu'ils n'ont pas peur», soutient Carl Gaudreault, qui commence déjà à voir des messages de ce genre sur les médias sociaux.

Paradoxalement, encore une fois, c'est la mort qui nous incite à vivre encore plus fort. L'être humain va se dresser devant l'abominable pour vivre sa tristesse à travers la joie et les rassemblements. C'est tout ce qu'il nous reste à faire devant tant de violence.

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