Bonne retraite, M. Dufour

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L'école Odyssée Lafontaine... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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L'école Odyssée Lafontaine

Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Léon Dufour, 58 ans, professeur de sixième année du primaire au programme d'enseignement intensif de l'école l'Odyssée Lafontaine de Chicoutimi, vit ses dernières heures d'enseignement cette semaine.

Il part à la retraite après plus de 30 ans de carrière avec les jeunes, un des rares profs gars à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay.

C'est le prof chanceux, celui qui enseigne aux meilleurs, à la crème, à des jeunes de 11 et 12 ans, préados avec les yeux lumineux qui ont le goût d'apprendre. Je voulais rencontrer un prof qui part à la retraite pour voir avec lui ce qu'il quitte, ce qui reste et comment ça se passe dans la tête et le coeur d'un prof du primaire de plus de 30 ans d'expérience.

Honnêtement, je croyais qu'il allait me parler de la difficulté de travailler avec des élèves qui souffrent de troubles obsessifs compulsifs (TOC), de troubles de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), des dyslexiques, des anxieux, des allergiques, des hypersensibles, de ceux qui ont de la difficulté à apprendre, des cancres, du désintéressement des parents, du manque de support des professionnels, de l'intimidation, des réseaux sociaux, etc. Eh bien non, je suis tombé sur le prof le plus heureux du monde qui enseigne à des jeunes désireux d'apprendre.

Dans sa classe, presque pas de discipline. «La cloche sonne, tout le monde s'installe et on y va avec les mathématiques, le français, la géographie et autres. Ma classe n'est pas le portrait général de ce qui se passe avec d'autres, je suis chanceux je travaille avec des performants qui sont heureux d'être dans un programme intensif, heureux d'être avec des jeunes qui partagent comme eux le goût d'apprendre.»

C'est bien d'inclure tout le monde dans une classe du primaire, mais souvent, les plus lents retardent le groupe et empêchent les plus motivés d'aller à leur rythme et à se dépasser. Ça perturbe un jeune quand un élève pète une coche ou manifeste sa colère. Ça ralentit le groupe quand le prof doit intervenir pour faire de la discipline ou calmer le groupe quand les indisciplinés se manifestent.

On a tous vécu l'expérience dans notre cheminement scolaire de composer avec une tête folle ou deux, pas heureux d'être à l'école et qui monopolisaient le temps d'enseignement du professeur avec leur indiscipline. Les gars souvent se laissaient entraîner dans leur sillage et riaient de leurs frasques. Mais les élèves sérieux, les plus bollés de la classe, ne trouvaient pas ça drôle. Ils n'osaient pas le dire, mais ils perdaient leur temps. Ils avaient le goût de faire des maths, du français et de la géographie, mais ils devaient se taper le clown ou le rebelle qui avait décidé de faire son show.

«Dans ma classe, personne ne souffre du mauvais comportement d'un élève, ils sont tous là avec la même motivation. C'est un véritable bonheur pour un professeur d'être témoin de leur formation, de voir ces jeunes qui ont le goût d'apprendre», explique celui qui fait partie des 10% de professeurs masculins au primaire.

Conscient de la différence d'un enseignement masculin pour un jeune, le prof sait la différence qu'il fait. «Les élèves ont eu des professeurs féminins depuis le début de leur apprentissage et pour eux ça fait une différence sur le plan relationnel. D'un point de vue académique c'est pareil, mais dans le relationnel le prof masculin arrive avec ses perceptions, ses visions et son approche, ça fait une différence pour plusieurs élèves», soutient le prof chanceux.

L'idée d'intégrer la sixième année d'enseignement intensif avec des classes de secondaire I et II fait aussi une différence pour le prof. «Ça facilite le passage au secondaire, les jeunes côtoient les plus âgés et les contacts se font en douceur dans un environnement de tolérance zéro pour l'intimidation», indique Léon Dufour qui oeuvre avec des profiles d'excellence.

Quelle différence entre les jeunes d'aujourd'hui et ceux d'il y a 30 ans? «Ce sont tous les mêmes jeunes qu'à mes débuts à la différence qu'ils nous doublent facilement en connaissance avec les nouvelles technologies. On a beau se mettre à jour et suivre des cours de formation continue, dans ce domaine ça va trop vite. J'ai donc dans ma classe des spécialistes informatiques capables de me dépanner à tout moment. Je me sers de leurs compétences pour suivre la cadence», fait valoir celui qui a choisi la vocation de l'enseignement.

Il n'y a pas que le prof qui soit chanceux dans ce genre de classe, les élèves aussi sont chanceux d'évoluer dans un tel contexte d'excellence. Ça me rappelle dans mon jeune temps quand il y avait la première année A et la première année B. Les bons pouvaient étudier entre eux alors que les autres allaient à l'école.

Bonne retraite monsieur Dufour.

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