Les enfants et la sonnette

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La loi obligeant le port de la ceinture... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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La loi obligeant le port de la ceinture a été adoptée au Québec il y 40 ans cette semaine.

Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Ça m'a pris beaucoup de temps avant de développer l'habitude de boucler ma ceinture de sécurité dans l'auto. J'avais un peu une tête de cochon au début de ma vie adulte et je me disais que ce n'était pas le gouvernement qui allait décider comment je me comporte dans ma voiture. Je m'inspirais, à l'époque, de la célèbre phrase de Pierre Elliott Trudeau: l'État n'a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation. Pour moi, l'État n'avait pas d'affaire derrière le volant de ma voiture.

Ça fait 40 ans cette semaine que la loi obligeant le port de la ceinture a été adoptée au Québec et j'ai au moins boudé cette mesure pendant 10 ans. Je me souviens. Au début, les policiers nous faisaient signe en tirant sur leur ceinture pour nous inviter à mettre la nôtre. Je la passais par-dessus mon épaule pour l'enfiler ensuite sous mon bras. J'étais un peu «niochon», mais je ne voulais rien savoir.

J'avais grandi à une époque où on s'asseyait sur le coffre arrière avec les pieds sur la banquette des voitures convertibles (décapotable) en se promenant sur la «main». On voyageait debout dans la boîte des pick-up (camionnette), on jouait aux cartes assis en indien à l'arrière des station-wagon (voiture familiale) et on s'empilait à travers les poches de hockey dans des panels (fourgonnettes). Alors, vous vous imaginez que le port de la ceinture obligatoire, je trouvais que c'était une atteinte à ma liberté.

L'hiver, quand ma mère gardait mes enfants, je les emballais dans des catalognes et je les couchais sur la banquette arrière de l'auto pour ne pas les réveiller, en fin de soirée, pour le retour à la maison. Toutes les campagnes de publicité n'avaient aucun impact sur ma délinquance, j'étais même fier de dire que je ne m'attachais pas au volant.

Finalement, ce sont les enfants qui m'ont forcé à m'attacher. Si j'étais délinquant, je ne voulais pas exposer mes rejetons à ces risques et je les obligeais à s'attacher. Ils me disaient alors de m'attacher moi aussi, car leur mère et tous les autres adultes avec qui ils voyageaient leur rappelaient l'importance de s'attacher.

J'ai continué longtemps à tricher juste pour m'opposer à la loi, c'était pour moi une forme de militantisme. Je sais, je n'avais pas de rapport. La réalité nous rappelle quotidiennement l'importance de s'attacher. Le coroner Sylvain Truchon a fait part à mon collègue Normand Boivin que lors de l'accident survenu sur le boulevard Talbot, le jeudi 26 mai, les deux femmes n'étant pas attachées, elles ont été éjectées de la voiture et n'ont eu aucune chance.

«Au cours de la dernière année, il y a au moins deux ou trois personnes, dans des causes où j'ai mené une enquête, qui auraient eu la vie sauve si elles avaient été attachées. Lorsque tu es éjecté, les chances de survie sont minces, car souvent, tu es heurté par la voiture. Mais même sans cela, le choc avec l'asphalte est souvent suffisant», a mentionné le coroner, déplorant le fait qu'on note une baisse dans l'utilisation de la ceinture de sécurité.

Aujourd'hui, je l'attache neuf fois sur dix, même pour les courtes distances. La semaine dernière, j'étais à la pêche dans la réserve faunique Rouge-Matawin et on se déplaçait sur le territoire avec la camionnette de mon compagnon de pêche. J'étais obligé de m'attacher, car la sonnette d'alarme se mettait à crier tant que la ceinture n'était pas bouclée. Les enfants et les sonnettes seront venus à bout de me faire entendre raison. Autant la ceinture m'énervait et me causait un inconfort à l'époque, autant aujourd'hui, je me sens vulnérable quand elle n'est pas bouclée.

On s'habitue à tout et aujourd'hui, je porte des lunettes de sécurité quand je passe le taille-bordure ou quand je scie des planches. Je porte un casque de vélo (sauf sur les routes de chalet). Je ne porte pas de chaussures à cap d'acier pour faire le gazon, mais je ne monte plus sur la dernière marche d'un escabeau. Je navigue parfois sans gilet de flottaison, mais il y en a toujours dans l'embarcation. Je ne laisse pas traîner de râteau sur le sol, mais je pique encore mes rôtis avec un couteau pointu dans le grille-pain. Je ne fais plus sauter les «breakers» (disjoncteurs) en touchant les fils ensemble lors de réparation électrique, je le ferme avant dans la boîte de courant.

Je prends encore des risques, mais beaucoup moins qu'avant. Je vais finir par comprendre le bon sens.

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