L'amour dans le confessionnal

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Mgr André Rivest... (Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Mgr André Rivest

Le Quotidien, Michel Tremblay

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / La Fête de l'amour est devenue une pomme de discorde lorsque l'événement organisé par la paroisse Sainte-Anne ce printemps a été désapprouvé par l'évêque de Chicoutimi, monseigneur André Rivest, parce que la rencontre accueillait des couples de tous les genres, pas seulement ceux hétérosexuels unis par les liens sacrés du mariage béni par l'Église.

«Cette fête ne sera pas répétée à moins qu'ils me désobéissent», a dit l'évêque; «on va trouver une façon de le faire autrement», a fait valoir le comité de pastorale.

Les réseaux sociaux des croyants se sont enflammés et l'affaire s'est retrouvée sur la place publique. La rectitude de l'Église a été dénoncée et les chrétiens purs et durs n'ont pas apprécié cette ouverture d'esprit. L'évêque a rappelé ses ouailles à l'ordre.

Docteure en théologie et professeur d'éthique à l'UQAC, Nicole Bouchard ne voit pas de controverse dans l'histoire de la Fête de l'amour. «Le pasteur côtoie toutes sortes de personnes dans sa paroisse. L'Église interdit l'avortement, mais le pasteur donne l'absolution à celles qui demandent pardon dans le confessionnal», fait remarquer Nicole Bouchard, qui ne croit pas qu'un évêque excommunie un pasteur qui organise une fête de l'amour dans sa paroisse.

L'évêque est le gardien de la loi de l'Église alors que le pasteur est le gardien de ses paroissiens. Les deux font leur travail, c'est une question d'éthique. La loi de l'Église, c'est le berger et ses brebis. Elle les guide dans le droit chemin, mais finit par leur pardonner leurs écarts, dit en substance la docteure en théologie. C'est dans l'ordre des choses, le pasteur vit proche de sa communauté et son rôle est d'être inclusif. «Chacun son métier et les vaches seront bien gardés, dit l'adage» (Florian).

L'abbé Gérald Linteau - je l'aime vous le savez, il m'a presque élevé quand j'étais petit -, a été bien surpris par cette controverse autour de l'amour. «On ne pensait pas que ça ferait problème notre fête de l'amour, surtout avec l'ouverture du pape François qui a dit: "Qui suis-je pour juger les gens? " L'amour se transforme, l'Église catholique n'est pas propriétaire de l'amour; un mariage religieux ou un mariage civil, ça demande les mêmes qualités humaines pour vivre cet amour. Les gens sont à la recherche du bonheur comme tout le monde, il n'y a pas d'exclus dans l'expérience d'aimer», explique le modérateur de la paroisse Saint-Anne.

«Quand un amour est vidé de son contenu, on ne reste pas ensemble à cause d'une loi», ajoute l'abbé Linteau. Le comité de pastorale va jaser avec l'évêque pour voir si l'Église peut bouger un peu. «S'il le faut, on fera une fête ailleurs qu'à l'église; personne ne peut nous empêcher de fêter l'amour, au moins humainement, si ce n'est pas religieusement. L'amour vient de Dieu, elle prend plusieurs formes», dit-il.

En ce qui concerne la position de Mgr Rivest, le pasteur ne veut pas disputer la chape à l'évêque, mais il comprend bien que le prélat prend «la ligne de parti». «S'il ne nous ramassait pas, c'est lui qui se ferait ramasser. L'Église est sous le régime du droit canonique qu'elle doit faire respecter. Avec notre fête de l'amour, on est plus proche de l'Évangile que l'Église peut l'être dans ses lois. L'Évangile est plus ouvert à l'amour que l'Église avec ses lois», martèle le curé de paroisse qui se sent très à l'aise de parler d'amour.

La loi c'est la loi et l'évêque doit la respecter, même si elle ne correspond pas à ce qui se passe dans la réalité. Le sacrement du pardon, par exemple, est considéré comme moribond par bien des prêtres, mais ça ne change pas. «Nous, on propose l'absolution collective, car nous ne sommes pas assez nombreux pour recevoir les gens un par un. L'amour de Dieu est donné à tout le monde, il suffirait de demander pardon ensemble pour que les péchés soient pardonnés, je ne fais pas ça en mon nom, mais au nom de Dieu», donne en exemple l'abbé Linteau, précisant que l'Église interdit le pardon collectif. «Ce n'est pas permis par Rome», laisse-t-il tomber.

De toute façon, me lance Gérald en fin de conversation, «la loi de Dieu pardonne tout, il est uniquement amour. Et si l'enfer existe, il doit être vide».

Allez en paix et aimez-vous les uns les autres.

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