L'économie de partage

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Plusieurs modèles d'économie de partage ont pris de... (Archives, Le Quotidien)

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Plusieurs modèles d'économie de partage ont pris de l'ampleur ces dernières années, dont le covoiturage.

Archives, Le Quotidien

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je trouve que les jeunes sont sur la coche pas à peu près avec leurs notions d'économie de partage. Quand ils se déplacent en auto sur de longues distances, ils lancent un appel au covoiturage sur les réseaux sociaux. Ils tentent de rouler tout en payant moins avec plus d'efficacité. Ils partagent les transports, le logement et bien d'autres biens et services.

Je les envie et je les trouve beaucoup plus allumés que la génération des baby-boomers. Prenons par exemple la dizaine de maisons qui entourent ma résidence. Chaque propriétaire possède une brouette, une échelle, un escabeau, une tondeuse à gazon, un taille-bordure, une scie électrique, une perceuse, nommez-les, personne ne partage entre eux.

Mes voisins ont des échelles qu'ils utilisent rarement, accrochées derrière leur cabanon depuis des années. Le jour que j'ai eu besoin d'une échelle, je suis allé à la quincaillerie pour en acheter une. Depuis ce jour, j'ai une échelle, comme mes voisins, accrochés sur une clôture dans ma cour arrière.

Quand je pars à Montréal, je n'invite personne à covoiturer pour partager les coûts d'essence, et qui sait, faire des rencontres intéressantes. Je préfère voyager seul en écoutant la station de radio que je syntonise sans partager mon espace.

Mon fils et sa conjointe attendent un enfant. Ils ont préparé une liste des choses dont ils ont besoin et cherchent des choses usagées et demandent aux proches et à la parenté d'éviter d'acheter des choses qui seront périmées au bout d'un an. Ma fille publie régulièrement sur les réseaux sociaux des demandes pour elle ou ses amis d'objets dont on peut se passer, sans les acheter. La dernière demande était: est-ce qu'il y a quelqu'un qui a des branchements pour les appareils électriques pour une amie qui part en Europe?

Nous, on part en acheter immédiatement au lieu d'emprunter à un proche. «J'haïs ça emprunter des affaires aux autres. Il suffit que je l'emprunte pour que ça me casse dans les mains et j'haïs prêter mes affaires pour les mêmes raisons», entend-on souvent autour de nous.

Pourtant, nos grands-parents ont grandi dans une économie de partage. Mes parents récupéraient tout, des bouts de ficelle aux boutons de chemise. Ma mère ramassait de vieux vêtements pour tisser des «catalognes» ou pour faire des tapis tressés et l'armoire de la cuisine était pleine de verres qui étaient des pots de moutarde dans une autre vie. Ma blonde me racontait que sa mère récupérait les sacs de lait pour en faire des sacs à sandwich. Mon père vissait des fuseaux de fil en bois pour réparer des pitons de couvercle de marmite. On ne répare plus rien, on jette et on achète du neuf.

Qu'est-ce qui s'est passé entre nos parents et nous pour que la consommation et les produits jetables deviennent à la mode? Nos téléphones portables, nos ordinateurs, nos télévisions, nos appareils électroménagers et la plupart des «cossins» qu'on utilise ont une durée de vie limitée. On ne récupère plus rien, sauf pour les foutre dans le bac bleu, ce contenant qui nous donne une fausse impression d'avoir un bon comportement environnemental. Avant, on coupait nos vieux jeans pour en faire des shorts pendant l'été. Maintenant, il faut des bermudas à la mode. Le marketing et la mise en marché sont devenus nos guides spirituels.

J'observe avec attention l'émergence de l'économie de partage comme UberX, Airbnb, Allo-stop, Communauto, partage d'outils et de services. Les jeunes vont peut-être donner un coup de pied dans la poubelle du capitalisme et changer le monde. Car, oui, ce sont les jeunes qui changent le monde. On a beau les traiter de Carrés rouges, de Printemps érable, de pas vaillants, de changeux de jobs, d'infidèles aux marques et aux employeurs, ce sont eux qui vont replacer nos valeurs.

Je pense que je vais semer un petit jardin en pots sur le balcon arrière juste pour manger des échalotes et de la salade en feuilles qui n'ont pas parcouru des milliers de kilomètres en camion avant de se retrouver sur les tablettes des marchés d'alimentation. Ça va sûrement avoir un impact sur l'économie parce que les échalotes du supermarché ont été cultivées par quelqu'un qui les a vendues à quelqu'un qui les a fait livrer par quelqu'un et qui ont été mises sur les tablettes par quelqu'un. Toutes ces personnes paient des impôts et prélèvent des taxes, des choses qui vont changer avec l'économie de partage.

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