Les éponges

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Le petit Samuel Leblanc s'est initié au métier... (Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie)

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Le petit Samuel Leblanc s'est initié au métier de pompier, cette semaine, alors qu'il a aidé à rouler le boyau des pompiers du Service de sécurité incendie de Saguenay, sous l'oeil attentif de Jean-Denis Mercier.

Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie

Roger Blackburn
Le Quotidien

Dans un souper familial, dernièrement, les discussions vont du coq-à-l'âne et dérivent un moment donné sur de vieux souvenirs, les trames musicales des émissions jeunesses de l'époque et sur les comptines de l'école primaire, tout un chacun fredonnant un air remisé au fond de sa mémoire.

Je me surprends à mon tour à chanter une comptine: «un p'tit gamin, la mine très légère, de ses parents était l'enfant gâté, tout en faisant l'école buissonnière...». J'avais appris cette chanson à l'âge de cinq au six ans, en première année du primaire ou au terrain de jeu. Je n'avais jamais fredonné cette comptine depuis et elle m'est revenue à la mémoire 50 ans plus tard.

Aujourd'hui, j'ai de la difficulté à apprendre le refrain d'une chanson qui roule à la radio. Ça me sidère de constater à quel point nous étions des éponges d'apprentissage dans notre jeune âge et que les informations enregistrées dès les premières années scolaires sont imprégnées profondément.

Et si on nous avait appris des choses moins insignifiantes que des comptines, est-ce qu'on les aurait retenues, est-ce que cela nous aurait intéressés? Est-ce que ces informations nous seraient restées en tête quand même? Dans la foulée de vouloir mettre en place des maternelles quatre ans par le gouvernement du Québec, je me demande si on ne pourrait pas en profiter pour bourrer le crâne de nos enfants de choses plus utiles que des comptines comme Pomme de reinette et pomme d'api ou la peinture aux doigts? Je me demande si, au lieu de leur raconter des fables de Lafontaine, on leur racontait l'histoire du Québec, les éponges que sont les jeunes enfants épongeraient autant? Je me demande si au lieu de les faire colorier des oursons ou des chevaux, on leur faisait colorier la mappemonde en leur apprenant le nom des pays, ils auraient autant de plaisir.

Parce que tant qu'à avoir des éponges sous la main aussi bien en profiter pour les éduquer un peu plus en leur montrant autre chose que les fleurs et les abeilles.

Tant qu'à leur faire colorier une maison pourquoi ne pas leur faire colorier le parlement d'Ottawa ou l'Assemblée nationale du Québec. Si on est capable de leur apprendre la différence entre un pompier, un policier, un docteur et un jardinier, on pourrait peut-être leur apprendre la différence entre une ville, une région, une province, un pays, un continent, une planète?

Au lieu de leur faire colorier des fleurs, des abeilles, des oiseaux, des arbres et des oursons, on pourrait en profiter pour leur faire colorier les drapeaux des provinces canadiennes en leur faisant apprendre leur nom ou les différents pays avec leur capitale? Je le sais bien qu'avec Google, on a plus besoin d'apprendre le nom des provinces canadiennes, on a juste à le googler pour le savoir, mais je me dis qu'on pourrait mettre un peu plus de contenu dans l'apprentissage des jeunes et que ça ne ferait pas de tort.

Mettre un peu plus de contenu dans la tête des enfants à l'école primaire n'empêcherait pas les tout-petits de s'amuser, de jouer à la cachette, à l'ours aux pas, au drapeau, au mouchoir ou au ballon coup de pied, au ballon prisonnier ou de faire de la peinture aux doigts, ça ne ferait que mettre un peu plus de connaissances dans leur matière grise.

Les gens de 50 ans et plus se rappellent pour la plupart tout ce qu'ils ont appris au sujet du petit Jésus, le personnage public qui occupait tout l'espace de nos vies. Tous se rappellent des apôtres, de l'histoire de la pêche miraculeuse, des noces de Cana, de la dernière cène, de Judas qui a trahi, de Pierre qui l'a renié trois fois avant que le coq n'ait chanté et de Zaché dans l'arbre. On nous a bourré le crâne de toutes ces histoires dans notre enfance. Alors imaginez si on bourrait le crâne de nos enfants d'histoire de l'humanité, de principes économiques, de sociologie et de géographie, ils auraient des souvenirs un peu plus intéressants que ceux d'un bonhomme à barbe assis sur un nuage qui fait des miracles et qui juge les vivants et les morts.

Quand les jeunes d'aujourd'hui auront 50 ans, lors de souper en famille, ils se rappelleront des souvenirs d'enfance avec un peu plus de contenu que de simples comptines. La maternelle à quatre ans est un beau projet, mais ça doit être fait avec une structure de qualité où les intervenants n'auront pas de classes surchargées d'élèves comme dans une école traditionnelle. Une structure avec deux professeurs par groupe de 12 élèves pourrait combiner avantageusement enseignement, amusement et prise en charge.

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