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Les berges du lac Saint-Jean.... (Archives Le Quotidien)

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Les berges du lac Saint-Jean.

Archives Le Quotidien

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'ai vu le lac caler vendredi après-midi. J'arrivais des différents sites de pêche à la ouananiche pour prendre le pouls des pêcheurs et je contemplais ce congélateur géant qui conditionne un peu l'arrivée du printemps dans nos contrées.

Debout, contemplatif, les mains dans les poches, je tendais l'oreille sur la pointe de Chambord pour entendre le cliquetis du frasil qui se cassait doucement à la surface de l'eau.

À moins d'habiter à temps plein sur le bord du lac en plus d'être du bon bord du plan d'eau, ça n'arrive pas tellement souvent qu'on puisse assister à ce phénomène. Ça peut paraître absurde, mais on a l'impression d'être un témoin privilégié de quelque chose de rare, soit de voir un changement de saison en direct devant soi. Généralement, un changement de saison, ça se fait pendant plusieurs jours, les bourgeons ne poussent pas du jour au lendemain tout comme la glace ne fond pas comme ça tout d'un coup.

Je disais donc que j'étais contemplatif face au lac en écoutant et en regardant la glace se déplacer lentement en surface. Tout d'un coup, comme sur une plage du Mexique, une chaude rafale de vent en provenance du sud se fait sentir. Il n'y a même pas de vent chaud comme ça en été. Et là on s'écrie : « Hein, sens-tu ce vent chaud ? » C'est incroyable d'être comme ça debout sur un tas de glace blanche face à un lac revêtu de glace noire, en t-shirt et de se faire fouetter le visage par un vent chaud comme sur une plage du sud.

Et là, juste à ce moment, le frasil des glaces commence à bouger sous la force du vent. On regarde cette masse noire se déplacer, accompagnée de cric ! de crac ! et de croc ! pour finalement laisser place à l'eau libre.

Je ne sais pas exactement à quelle heure le lac a calé vendredi pour les différentes gageures et concours qui se tiennent chaque année, mais je peux vous dire que je l'ai vu caler en face de la pointe de Chambord vers 15 h devant mes yeux, une première pour moi.

On se sent envahi par un drôle de sentiment quand on assiste à des phénomènes naturels et qu'on sait, au moment où ça se passe, que nous sommes devant quelque chose d'exceptionnel. On regarde autour de soi pour s'assurer que les autres vivent la même chose (le véritable plaisir est celui qu'on partage), on cherche leur approbation dans leur regard.

C'est la même chose l'été quand tout le monde se met à l'abri le temps que passe un gros orage, une grosse averse de pluie. On se regarde, on se passe les commentaires du genre « c'est incroyable », « ça n'a pas de sens », « on n'a jamais vu ça », « ça ne se peut pas »...

Nous sommes heureux de vivre ça ensemble. Quand on est le seul à voir l'arc-en-ciel complet à l'horizon, c'est presque choquant.

Je sais que je ne suis pas le seul à avoir vu le lac caler vendredi après-midi. Il y a au moins une centaine de pêcheurs qui ont dû voir et ressentir la même chose avec ce vent du sud chaud comme sur une plage du Mexique.

C'est peut-être l'âge, quoiqu'à 54 ans, nous ne sommes pas encore au bout de notre corde, c'est peut-être à cause de nos rythmes de vie qui sont un peu à la va-comme-je-te-pousse, mais quand on prend le temps de s'arrêter et d'apprécier ce qu'on voit et ce qu'on ressent, on dirait que la vie a meilleur goût.

De plus en plus de gens goûtent à ça depuis quelques années. Je l'entends, les baby-boomers s'en vont à la retraite, ça tombe comme des mouches autour de moi, il n'y a pas un mois où je ne rencontre pas une connaissance qui vient de prendre sa retraite.

Les commentaires sont généralement tous positifs et la phrase que j'entends le plus souvent c'est : « on se rend compte qu'il n'y a pas que le travail dans la vie ». Profitez-en bande de chanceux, vous l'avez bien mérité, prenez votre temps, élevez des poules, cultivez vos légumes, regardez pousser le gazon ou regardez le lac caler, ça fait du bien par en dedans.

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