Le bébé avec l'eau du bain

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Le conseiller municipal Bernard Noël... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Le conseiller municipal Bernard Noël

Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je suis allé dîner au restaurant Mikes, à Arvida, dans le quartier de Bernard Noël, mardi midi. Au fond du restaurant, sur le mur près de la caisse, sont accrochées quatre photos du conseiller Bernard Noël posé en compagnie du propriétaire du restaurant Carl Dumas et d'autres bénévoles pour souligner des campagnes de financement pour les pee-wee de Jonquière ou des actions bénévoles.

«Si j'enlève ces photos, c'est parce que je vais rénover le restaurant en septembre et que le mur va disparaître, a laissé tomber le restaurateur. J'ai fait trois années de campagne de financement avec lui pour les pee-wee et les Jeux du Québec. C'était un gars dévoué, il était vraiment dédié à sa communauté», ajoute-t-il, convenant que c'est très triste cette affaire.

Ses aveux de culpabilité dans le dossier du voyage à Nice fait sur le bras des contribuables et financé par la Coupe des Nations, grâce à une subvention de Promotion Saguenay, n'est pas le sujet de conversation au restaurant le midi. On est loin de la Commission Charbonneau.

Comme dans le cas de bien des individus publics qui vivent ce genre de situation, on jette le bébé avec l'eau du bain. L'utilisation de fonds publics sous de faux prétextes pour faire un voyage personnel efface d'un trait 16 années d'implication bénévole et de vie politique municipale sans reproche, pour ce qu'on en sait.

Le restaurateur de l'arrondissement Jonquière conserve ses photos avec Bernard Noël parce qu'au moment où elles ont été prises, c'est avec la fierté du devoir accompli que les bénévoles posaient ensemble. La bévue du voyage à Nice, pour plusieurs personnes, ne peut pas tout effacer ce qui a été fait dans le passé.

La plupart des gens qui ont travaillé avec Bernard Noël n'ont rien à redire au sujet de son honnêteté, si ce n'est le côté naïf du personnage. Avec la quantité de billets qu'il a vendus pour de nombreux événements-bénéfices par le passé et l'argent qu'il a ramassé pour les campagnes de financement, il y aurait eu des signes quelconques s'il avait été habité par la culture d'un fraudeur.

Si ce voyage à Nice était un cas isolé, une erreur de parcours, un manque de jugement, un voyage qu'on l'a encouragé à faire? J'ai l'impression que son plaidoyer de culpabilité ressemble à un scénario d'Hollywood qui vise à protéger des gens dans cette affaire. Je n'ai pas de doute qu'il a fait ce voyage aux frais des citoyens, mais j'aurais bien aimé connaître l'histoire, le contexte de ce voyage à Nice. Un procès nous aurait permis, comme citoyens, de connaître les dessous de l'affaire.

C'est triste l'affaire Bernard Noël. Un citoyen d'Arvida impliqué dans sa communauté avec 16 années de vie politique sans reproche. Le co-instigateur de la Coupe des Nations avec Bernard Noël, Roger Filion, avait témoigné sa déception quand le conseiller municipal avait quitté l'organisation pour assumer le poste de président de l'arrondissement Jonquière. Il avait déclaré à la collègue Johanne Saint-Pierre qu'il perdait non seulement un excellent organisateur, mais aussi un ami avec qui il a aimé travailler. «Ça fait longtemps que je travaille au sein de différentes organisations et je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi dévoué et travaillant. Il s'est donné à fond pendant toutes ces années», a commenté Roger Filion. Bernard Noël est l'un des principaux artisans du succès des Jeux du Québec à Saguenay et il a été aussi impliqué au sein du comité de candidature de la Coupe Memorial à Saguenay en 2015 et a présidé le comité de candidature pour les Jeux de la Francophonie canadienne en 2017.

Une fraude, c'est une fraude, et les personnes qui dilapident les fonds publics méritent une sentence à la hauteur de leur crime. Je ne connais pas personnellement Bernard Noël, mais il était temps qu'il démissionne de son poste de président de l'arrondissement de Jonquière, car il n'avait plus la confiance des élus. Mais cette saga me laisse un goût amer dans la bouche. J'ai l'impression qu'il y a anguille sous roche.

Son avocat, Me Pierre Mazurette, a dit au collègue Stéphane Bégin, dans Le Quotidien de mardi, qu'il ne lui décernerait pas le prix Nobel du génie pour avoir menti en se cherchant un cautionnement à son geste, mais je crois que tout n'a pas été dit dans cette affaire.

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