Fort McMurray et le grand feu de 1870

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Le grand feu avait dévasté 3800 kilomètres carrés... (Archives Société historique du Saguenay, Canadian Illustrated News)

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Le grand feu avait dévasté 3800 kilomètres carrés (1500 km2 à Fort McMurray) de forêt de Saint-Félicien, où avait commencé l'incendie, jusqu'à la baie des Ha! Ha! Le feu a parcouru 120 kilomètres de distance dans la journée.

Archives Société historique du Saguenay, Canadian Illustrated News

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le drame que vivent les habitants de Fort McMurray, en Alberta, ne peut pas faire autrement que de rappeler à notre mémoire le grand feu du 19 mai 1870 qui a pratiquement rasé la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y a 146 ans presque jour pour jour.

L'événement fait partie de notre histoire et, tout comme à Fort McMurray, toute proportion gardée, une partie importante de la population avait tout perdu. Les documents historiques sont nombreux sur le sujet et les récits sont déconcertants tellement les deux situations se ressemblent. Beaucoup d'entre nous n'ont retenu que la légende voulant que le curé avait arrêté le feu grâce à une procession à la croix de Sainte-Anne, mais le drame vécu par la population va bien au-delà de cet élément.

Le grand feu avait dévasté 3800 kilomètres carrés (1500 km2 à Fort McMurray) de forêt de Saint-Félicien, où avait commencé l'incendie, jusqu'à la baie des Ha! Ha! Le feu a parcouru 120 kilomètres de distance dans la journée.

Le bilan, selon les historiens: sept personnes sont décédées, 555 familles sans logis ayant tout perdu alors que 146 autres avaient subi des pertes importantes. Les 700 familles touchées représentaient 30% de la population régionale. Près de 5000 personnes furent touchées directement par cette tragédie.

L'auteur Patrick Blanchet, dans un article intitulé Cap-aux-Diamants: la revue d'histoire du Québec, cite les commentaires d'un représentant du gouvernement mandaté pour aider les sinistrés. «J'ai trouvé partout la désolation et la ruine la plus complète. Animaux, bâtisse, clôture, semences, forêt, tout est presque disparu, et ce qu'il y a de plus triste à dire, sept personnes ont péri dans l'incendie et un grand nombre ont reçu des brûlures très graves [...] J'ai rencontré sur le chemin des familles éplorées à demi vêtues attendant, dans la plus grande anxiété, des secours afin de s'empêcher de mourir de faim.»

«Les gens se cachaient dans les caveaux à patates, se jetaient dans le lac Saint-Jean ou dans les rivières environnantes pour survivre», ajoute l'auteur. Citant le témoignage d'une jeune fille, il raconte: «Alors on se jeta dans la rivière. On avait de l'eau jusqu'au cou. Maman nous arrosait la tête avec des serviettes mouillées...»

Des scieries, des chantiers, des ponts, des églises, des magasins généraux, des hôtels avaient été réduits en cendres. C'est un feu d'abattis (amoncellement de bois des activités de défrichage), près de la rivière à l'Ours, à Saint-Félicien, qui a enflammé ce qu'on appelait le «monstre rouge». Les journaux de l'époque ont blâmé l'ignorance des colons qui ont fait preuve de négligence. «Les rédacteurs du Québec Morning relataient "la stupidité de certains fermiers"», met en relief Patrick Blanchet dans un texte publié en 2005.

Les curés du temps jouaient le rôle des médias sociaux en récupérant la situation qui devenait un signe de Dieu, un appel pour la Rédemption. En chaire, l'Église condamna le relâchement et le désordre qui régnaient dans la société, notamment dans les chantiers. Le grand feu était considéré comme un avertissement de la providence.

Mgr Victor Tremblay raconte comment M. Price suivait le curé Racine en tenant sa soutane. «Là où le curé Racine avait passé, le feu s'est arrêté», raconte monseigneur en citant le témoignage d'un habitant. Mgr Victor consacre un chapitre complet sur le grand feu de 1870 dans son livre Histoire du Saguenay depuis les origines jusqu'à 1870. Il rapporte de nombreux témoignages de familles qui ont passé 24 heures dans la rivière pour sauver leur vie.

Aucun voisin ne pouvait porter secours, tous étaient ruinés. Trois jours après le feu, 5000 personnes n'avaient rien à manger. Les rares colons épargnés avaient tous donné leur blé, «ils ne voulaient pas être heureux au milieu du malheur général», écrit Mgr Victor. «Privés de lits, ils couchent sur le sol brûlé. Pour 5000 incendiés, il n'y avait pas cinquante draps ou couvertures de lits», rapporte l'historien.

On résume souvent le grand feu comme la principale raison de l'abondance de bleuets dans la région et on oublie le drame qu'ont vécu les familles de l'époque qui ne pouvaient pas compter sur les secours modernes.

L'historien Éric Tremblay me disait qu'en voyant les flammes de Fort McMurray à la télévision, «c'est à ça que devait ressembler le feu de 1870», alors que des villages ont été complètement rasés. «Il restait seulement une maison à Chambord», donne-t-il en exemple.

La proximité de la forêt devrait nourrir la réflexion des développeurs de villes minières ou pétrolières en milieu forestier. L'ampleur du drame de Fort McMurray montre encore une fois les ravages que peuvent provoquer les feux de forêt quand l'homme ne prend pas les précautions nécessaires face à une telle force de la nature

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