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On ne compte plus les histoires liées à... (Archives, FONDS MARC ELLEFSEN, Société historique du Saguenay)

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On ne compte plus les histoires liées à la tragédie de Saint-Jean-Vianney. D'innombrables drames ont été vécus, dans la nuit du 4 mai 1971.

Archives, FONDS MARC ELLEFSEN, Société historique du Saguenay

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / La tragédie de Saint-Jean-Vianney fait partie de l'imaginaire des gens de la région. L'histoire commence souvent par «il y avait une partie de hockey du Canadien contre Chicago. Le match est allé en prolongation, ce qui a permis de sauver des vies, car les gens ont veillé plus tard en soirée». Dans leur salon devant la télé, ils ont pu entendre les bruits à l'extérieur et ainsi réagir plus rapidement.

L'autre chose qu'on raconte, c'est la panne d'électricité. «On écoutait la partie de hockey à la télévision et tout d'un coup, c'est la noirceur. Il faisait noir comme dans un tuyau de poêle, c'était l'obscurité totale. Je suis sorti à l'extérieur pour demander aux gens dans la rue ce qui se passait. Je restais au bout de la rue Saint-Georges, mais éloigné du gouffre. Je marchais dans la rue en pleine noirceur et j'entendais les bruits de l'effondrement. Je me rappelle encore très clairement entendre les clôtures en broche s'étirer et se casser, c'était très épeurant», me raconte Jocelyn, qui a vécu cette nuit d'horreur à l'âge de 19 ans.

«Dans la rue, j'ai vu des gens qui couraient en ma direction en panique totale. Je n'avais pas imaginé que des gens pouvaient être effrayés comme ça», raconte-t-il. C'était la nuit, les témoins se rappellent des bruits, du fracas, du son des maisons qui s'engloutissent, des cris des gens en panique. Ce n'est qu'au lever du jour que les images de cet événement apocalyptique, la vue de ce trou effroyable, ont traduit l'ampleur de ce drame.

J'avais 10 ans en 1971 et ma grande soeur avait un copain qui pilotait des avions. Il nous a fait survoler le cratère de boue mortel. J'étais vraiment impressionnée. Je n'ai pas idée du nombre de corps qui ont été retrouvés dans le Saguenay, mais je sais que mes parents en ont parlé longtemps. J'avais toujours peur qu'on découvre un corps dans le Saguenay. C'est traumatisant comme événement. J'imagine les gens qui ont vu disparaître leur proche dans cette lave boueuse. Ça doit être extrêmement pénible de se relever de ce drame.

Il y a toutes ces histoires en plus qui ont alimenté les bulletins de nouvelles pendant des jours. On voyait des images de maisons se faire engloutir, des véhicules, des autobus enterrés dans la rivière aux vases. On racontait que les gens alertés par des cris dans la noirceur ont eu à peine le temps de quitter leur maison.

On pouvait lire dans le journal que «M. Roger Landry n'a pu sauver sa femme et ses cinq enfants [...] que M. Jean Boucher, qui filait à pleine vitesse, pour se rendre compte si ses enfants étaient encore à Saint-Jean-Vianney, a vu soudain la route s'effondrer sous son automobile. Après un effort surhumain, M. Boucher, le visage ensanglanté, a réussi à escalader un trou béant de 150 pieds de profondeur pour être accueilli par des policiers qui avaient aperçu les phares de sa voiture». Il a vu sa belle-soeur se faire engloutir avec la voiture. Des histoires d'horreur...

Il y avait aussi cette histoire de l'autobus rempli de travailleurs d'Alcan qui a eu juste le temps d'évacuer les passagers avant que le véhicule s'engloutisse. Et puis les images de cette femme qui appelait au secours sur le toit de son automobile, au milieu du cratère. «Il fallut que l'appareil survole à deux reprises la malheureuse avant d'entendre ses cris et de l'apercevoir dans le faisceau d'un projecteur», pouvait-on lire dans le journal à l'époque. «Tout le monde cherchait quelqu'un. C'était la désolation la plus complète», a raconté un policier.

Je revois chaque année des reportages relatant ce tragique événement et j'ai l'impression qu'on n'a pas encore fait le tour de tout ce qui s'est passé. C'est le cas notamment des signes qui se sont manifestés avant la tragédie comme les poteaux de téléphone qui s'enfonçaient dans le sol et la route qui se gondolait sous le passage des camions. Un jour, on saura peut-être.

Le 4 mai 1971 est une date qui marquera à jamais l'histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean et du Québec. Ce sera encore pénible de souligner les 50 ans.

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