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CHRONIQUE / Ça fait déjà quelques années, mais je m'en rappelle encore. C'était... (Photos.com)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Ça fait déjà quelques années, mais je m'en rappelle encore. C'était l'époque où les Big Bertha (Callaway), ces espèces de grosses mailloches de golf pour les coups de départ, faisaient leur entrée sur le marché. Ça coûtait le même prix qu'une canne de luxe pour pêcher à la mouche.

Je commençais à jouer au golf et je frappais tout croche avec un crochet (slice) à gauche très prononcé. Je me rends à la boutique Lance et Compte de Chicoutimi pour rencontrer Pierre et Sylvain Côté afin d'y trouver conseil. Ils m'avaient prêté cinq bâtons de départ en me disant: «Va les essayer au Ricochet, tu vas trouver celui qui te convient le mieux en frappant des balles». Ça prenait juste ces gars-là pour te prêter cinq bâtons sans garantie, sans aucun dépôt. On les aimait, les frères Côté, comme commerçants. Ils étaient de la plupart des événements sportifs de Saguenay. Je n'étais pas leur meilleur client - il y a longtemps que j'ai troqué le golf et le hockey pour la chasse et la pêche - mais je les croisais à l'occasion d'événements sportifs ou pour une bièrette lors d'un 5 à 7.

J'étais habité par un sentiment de déception, mardi, quand j'ai appris dans Le Quotidien la fermeture de la boutique Lance et Compte, propriété des frères Sylvain et Pierre Côté. Les raisons évoquées: la concurrence et le commerce électronique.

Cette fermeture a fait réagir plusieurs personnes sur les réseaux sociaux.

On l'entend dans la communauté. Les commerçants reçoivent des clients dans leur commerce, les conseillent et les informent. Ensuite, les clients photographient ce qu'ils ont essayé en prenant note de la grandeur et de la couleur. Puis, ils s'en vont à la maison pour retrouver le produit sur Internet et ils le commandent par ordinateur.

Chez Lance et Compte, Sylvain et Pierre me racontaient, il y a plus de deux ans déjà, que les jeunes hockeyeurs entraient dans la boutique avec une photo sur leur cellulaire d'une paire de gants de hockey qu'ils pouvaient commander à moindre prix sur Internet. «Si tu me le fais à ce prix-là, je te l'achète», de dire le jeune client.

Comment voulez-vous qu'un commerçant réagisse quand un ado de 16 ans commence à négocier avec les prix du marché mondial? La jeune clientèle ignore souvent l'importance d'un commerçant de la place.

Ce n'est sûrement pas le vendeur chinois qui va commanditer le tournoi de hockey des novices ou le tournoi de golf de la fondation régionale. Ce n'est pas le gars de la Chine qui va aiguiser les patins d'un joueur de hockey avant un match, après les heures de fermeture des magasins.

En 30 ans, ces deux hommes d'affaires ont vu défiler trois générations de sportifs dans leur magasin. Ça fait tout un réseau de contacts. Ils ont fait partie de l'aventure sportive de plusieurs Saguenéens.

Je le sais bien que lorsqu'Henry Ford a inventé l'automobile, les boutiques de maréchal ferrant ont fermé, comme les clubs vidéo avec la location de films via Internet ou via les services de télé sur demande. Je sais bien que le commerce en ligne est en train de changer les habitudes de consommation et que d'autres joueurs vont tomber au combat.

Je constate autour de moi ce qui se passe et que les bas prix ont préséance sur les commerces locaux. Je sais bien que les campagnes de sensibilisation pour valoriser l'achat local n'arriveront pas à renverser la vapeur du commerce électronique. C'est juste que je trouve ça moche.

L'annonce de la fermeture de la boutique Lance et Compte a généré des réactions sur les réseaux sociaux. Je lisais le message d'Émilie Gauthier, propriétaire de la boutique de vêtements pour dames Marie-Josée au Carré Davis à Arvida.

«Je suis chanceuse, car les gens qui vont sur Internet pour trouver des vêtements de qualité comme dans ma boutique doivent payer plus cher en faisant des achats électroniques. Depuis six ans, ma clientèle ne cesse de croître et les gens sont sensibilisés à l'importance d'encourager les commerçants d'ici, mais ce qui se passe avec la boutique Lance et Compte, ça me donne le goût de brailler», dit cette jeune femme d'affaires.

«Même nos piliers commerciaux ne survivent plus parce qu'on achète du ''cheap'', du pas cher, du ''made in China''», a-t-elle écrit sur sa page Facebook.

Faites donc un effort, aujourd'hui, pour acheter un produit local. Il me semble que ça nous ferait du bien.

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