La lourde peine de maman Lapierre

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Le caractère dramatique de la mort de Jean... (Photothèque Le Soleil)

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Le caractère dramatique de la mort de Jean Lapierre, où trois membres de sa famille ont péri dans le même accident, est digne d'un scénario de film.

Photothèque Le Soleil

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Mercredi matin, je pars faire un tour pour tâter le pouls de ce qui se jase en ville, pour voir si l'élection partielle dans Chicoutimi occupe un peu les conversations derrière les cafés du matin dans les restaurants et places publiques.

Pas un mot sur les élections. Il n'y en avait que pour le décès tragique de Jean Lapierre. Les gens font l'éloge de l'homme, de ses qualités personnelles. Mais ce qui marque le plus l'imaginaire des gens, c'est la façon dont la mère de Jean Lapierre va faire pour survivre à cette tragédie. Cette mère des Îles-de-la-Madeleine vient de perdre quatre enfants, le jour même des funérailles de son mari. On ne peut pas survivre à ça.

Imaginez, un instant, cette femme qui avait pris soin de son époux atteint de la maladie de Parkinson pendant des années et qui attend la visite de ses enfants pour vivre son deuil et partager sa peine. Lors du décès d'un proche, après une longue maladie, le rassemblement familial nous remplit de joie et de bonheur et chasse momentanément la tristesse. La maman, les enfants, les frères, les soeurs, ce noyau central tricoté serré nous procure toute l'énergie et la force dont on a besoin pour faire face à la mort.

Tous ceux qui ont vécu la mort d'un proche savent à quel point la fratrie se soude instantanément, le clan survit dans le partage du même sang. C'est dans les bras de notre frère, dans les bras de notre soeur, dans les bras de nos enfants qu'on pleure. Ce sont eux, les proches, qui nous laissent mouiller leur chemise de nos larmes en caressant doucement les cheveux de notre tête posée sur leur épaule. On sait qu'on partage la même peine, les mêmes souvenirs, le même amour familial.

Au lieu d'ouvrir la porte de sa maison à ses enfants, mardi, madame Lapierre a été foudroyée par la terrible nouvelle que ses trois fils et sa fille ont péri dans un accident d'avion, en route pour venir la consoler et vivre avec elle le deuil de son mari, le deuil de leur père; c'est assez pour mourir de peine. Dans l'ordre des choses, une mère ne veut pas survivre à ses enfants. Ça fait trop de peine de se les faire arracher à la vie.

Tous les gens rencontrés mercredi matin avaient une pensée pour cette femme qui doit être inconsolable et pour sa fille, la seule enfant survivante de la famille, qui demeurait aussi aux Îles-de-la-Madeleine où s'est produit l'accident d'avion. Oui, le Québec vient de perdre un analyste politique attachant qui possédait de belles valeurs, mais la collectivité fera son deuil comme cela se fait normalement pour les personnalités publiques. Mais la mère de Jean Lapierre, madame Lucie, et sa soeur Marie-Laure seront dévastées pour le restant de leur vie.

Les parents qui perdent un enfant témoignent qu'ils se lèvent chaque matin en se demandant s'ils vont parvenir à la fin de la journée. Ils vivent tous les jours sous une chape de plomb. La blessure n'est pas plus ou moins profonde que les enfants soient jeunes ou plus âgés.

L'animateur vedette Guy A. Lepage a commenté sur Twitter: «Je ne connais pas la maman de Jean Lapierre. Mais je la bercerais toute la nuit.» Tout le Québec aurait le goût de prendre cette femme dans ses bras pour adoucir son chagrin et sa souffrance.

Vivre l'insupportable est bouleversant. C'est un triste sentiment qui nous habite face à cette tragédie familiale et je souhaite aux survivants des familles Lapierre tout l'amour et le support dont ils auront besoin pour traverser cette épreuve. Que les meilleures pensées les accompagnent.

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