Des têtes carrées

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«Nos profs d'histoire n'ont pas seulement dit des âneries à l'époque, mais ils n'ont pas toujours raconté l'histoire comme elle aurait dû être racontée.»

Roger Blackburn
Le Quotidien

Comment peut-on colporter une croyance pendant des années, y croire dur comme fer, la partager à qui veut bien l'entendre et se rendre compte à 53 ans que ce n'est qu'une légende urbaine et qu'il n'y a rien de vrai.

Je ne me souviens plus qui me l'a raconté, pour les bienfaits de l'anecdote je dis que c'est un prof d'histoire au secondaire. Plus jeune, on parlait des Anglais en les traitant de têtes carrées. D'où vient l'expression «tête carrée»? J'ai raconté l'anecdote des dizaines de fois. À l'époque de la conquête des Anglais au Québec, les roues des chariots des Anglais étaient fabriquées avec des clous à tête carrée. Quand les Français voyaient des traces de roue dans la boue, ils pouvaient deviner s'il s'agissait de voitures anglaises ou françaises en regardant la forme du clou étampé sur le pavage de terre. En voyant les traces, les Français disaient «les têtes carrées sont passées par ici», d'où l'expression pour désigner les Anglais.

L'ado de ma blonde à la maison repassait ses notes pour l'examen du cours d'histoire au début de l'été et je fais mon «Joe connaissant» en lui racontant l'histoire de l'origine de l'expression «tête carrée». «T'es mêlé mon Roger, sur Internet ils disent que ça vient de la forme carrée des maisons des Anglais et que ça veut dire «têtu» ou «entêtement»,» me lance l'adolescente, du haut de ses 16 ans.

Je rétorque que Wikipédia doit être mêlé, un peu à la débarrasse, mais j'ai fait mes propres recherches sur Google avec les mots-clés suivants: tête carrée, Anglais, roue, clou, militaire, trace de chariot. Je n'ai pas trouvé l'ombre d'une référence de l'expression «tête carrée» avec les militaires anglais et les clous des roues de leurs chariots.

Pourtant, ça fait des années que je raconte cette histoire à qui veut bien l'entendre, tout comme je me plais à raconter l'origine de l'expression «bonhomme sept heures» ou l'origine du mot «bécosse».

J'ai dû faire mon mea culpa à notre élève de secondaire IV qui a depuis une piètre opinion de mon prof d'histoire... J'ai, disons, perdu un peu de crédibilité à ses yeux. Je me suis mis à douter de toutes les petites légendes que j'ai entendues.

L'origine du bonhomme sept heures, ce méchant monsieur qui arpentait les rues pour enlever les enfants qui n'étaient pas rentrés à la maison avant sept heures, origine bel et bien de l'anglais «bone setter», qui veut dire ramancheur. Quand le «bone setter» venait à la maison pour replacer une articulation, le patient criait souvent très fort de douleur, ce qui faisait peur aux petits. Les parents disaient aux enfants malcommodes: si tu ne te calmes pas, on va faire venir le bonhomme sept heure. Ou encore ils disaient: rentre à la maison sinon tu vas te faire attraper par le bonhomme sept heures.

Le mot bécosse, pour désigner une toilette sèche à l'extérieur, vient bel et bien de l'expression anglaise «back house», qui indiquait la petite toilette derrière la maison.

Nos profs d'histoire n'ont pas seulement dit des âneries à l'époque, mais ils n'ont pas toujours raconté l'histoire comme elle aurait dû être racontée. Je pense entre autres à tous les films d'Indiens à plumes que nous a projetés Hollywood à l'époque. On pensait que les autochtones du pays allaient nous scalper si on mettait les pieds sur le territoire amérindien. Pis on haïssait les Anglais, ces têtes carrées. Pourtant il arrivait très rarement qu'on croise un anglophone au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais on les haïssait pareil. «On va les avoir les Anglais» est une expression qui reste encore dans nos têtes aujourd'hui pour dire qu'on va y arriver face à une situation difficile.

Des fois, la légende urbaine est plus belle que la vraie histoire. J'aimais bien mon histoire de tête carrée avec les roues de chariot. Dommage, je ne pourrai plus la raconter.

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