Vérité, honte et espoir

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À Ottawa, dimanche, des milliers de personnes ont... (PHOTO MARTIN ROY, LEDROIT)

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À Ottawa, dimanche, des milliers de personnes ont participé à la Marche pour la réconciliation. Les participants voulaient ainsi montrer leur solidarité avec les survivants des pensionnats indiens et exiger de meilleures relations entre les Canadiens autochtones et non autochtones.

PHOTO MARTIN ROY, LEDROIT

Roger Blackburn
Le Quotidien

Il est jeune, poli, souriant, intelligent, c'est un Montagnais du Lac-Saint-Jean. Il est guide interprète au Musée amérindien de Mashteuiatsh. Il nous fait visiter les différentes expositions qui relatent les traditions amérindiennes, leur culture, leur histoire, leurs traditions.

Dans une autre salle, il nous raconte l'histoire des revendications des peuples autochtones, les traités, l'histoire des rencontres avec les Européens et les Anglais, les mesures d'assimilation, l'enlèvement d'enfants pour les envoyer au pensionnat «pour tuer l'indien en eux». Après sept ans de travaux, la Commission de vérité et de réconciliation du Canada a rendu son rapport public, mardi. On sait maintenant que cette politique canadienne d'assimilation des Amérindiens est qualifiée de «génocide culturel».

Ça donne des frissons d'entendre un jeune adulte raconter ce qui est arrivé à ses parents et à ses grands-parents. Il ne fait pas partie des victimes de ce génocide culturel commis par le gouvernement canadien en complicité avec l'Église catholique, mais il le vit dans la mémoire de son peuple.

«Mes parents ont consommé de l'alcool pour endurer ce mal de vivre, le choc post-traumatique de l'assimilation et de la vie au pensionnat. Imaginez le traumatisme que doivent vivre les parents et les grands-parents quand on vide un village de ses enfants. Imaginez la tristesse qui a envahi leur coeur face à ces actes inacceptables», raconte-t-il pendant la visite d'un petit groupe de touristes.

Les grands-parents, les parents et les autres habitants du village ont été détruits par ces gestes de barbarie. Il faut ensuite ajouter tous ces enfants dirigés vers des pensionnats qui ont subi de la violence et des abus sexuels.

Plus de 150 000 enfants y ont séjourné dans les pensionnats fédéraux. «La négligence infantile était institutionnalisée et le manque de supervision a créé des situations où les étudiants étaient la proie d'agresseurs sexuels et physiques», souligne le rapport rendu public mardi.

En plus de ces 150 000 enfants, il faut ajouter la centaine de milliers de parents, de frères, de soeurs, d'oncles, de tantes, de grands-mères et de grands-pères à qui on a retiré les enfants. Imaginez un instant qu'on vous enlève vos enfants pour les envoyer dans des pensionnats pour les déposséder de leur langue française et de leur culture québécoise pour en faire des Anglais protestants et, qu'en plus, vos petits sont abusés sexuellement et victimes de violence?

Ce jeune homme au musée est issu de ces traumatismes sociaux. En décrivant cette assimilation, il nous dit qu'il est d'une génération qui voit l'avenir avec plus d'optimisme et que ses enfants grandiront dans un autre contexte et dans une autre réalité culturelle. Il a la chance de vivre à l'époque de la réconciliation et de la vérité même si les milieux de vie de ses aînés ont été détruits par nos dirigeants jusqu'à tout récemment.

Il est fier de ses origines, de sa culture, de sa langue et de ses ancêtres. On ne peut pas en dire autant de nos ancêtres.

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