Qui a dit qu'il en faut absolument deux?

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Une création de Tärähtäneet Ämmät... ((Courtoisie))

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Une création de Tärähtäneet Ämmät

(Courtoisie)

Roger Blackburn
Le Quotidien

Ma conjointe a subi une mastectomie il y a cinq ans avant de s'infliger des traitements de chimiothérapie pour traiter un cancer du sein. Les personnes qui ont fréquenté ces chemins douloureux savent par où elle est passée pour se débarrasser de ce mal trop répandu.

Après les traitements, et pendant la guérison, les discussions au sujet d'une reconstruction mammaire faisaient partie d'une éventualité qui guettait ma blonde dans un avenir proche. «Devrais-je me faire reconstruire les deux? Devrais-je en profiter pour augmenter le volume? Est-ce que je m'adresse au privé? Qui sont les meilleurs spécialistes dans ce domaine? Quels sont les risques? Ils utilisent le gras des fesses pour reconstruire maintenant et j'ai tout ce qu'il faut», blaguait-elle.

Même dans ces discussions sérieuses, ma blonde trouvait le moyen de dédramatiser et de rire un peu. On nous racontait que le mamelon du sein pouvait être reconstruit à partir de tissus prélevés à la jonction de la cuisse et de la grande lèvre et qu'un tatouage pourrait être nécessaire pour reproduire la couleur originale. Une opération qui n'est pas sans risque.

Dans à peu près tous les reportages ou documentaires sur la reconstruction mammaire, les seins étaient associés au symbole de la féminité. Pour ma part je n'ai jamais considéré que la féminité se définissait ou s'exprimait dans les seins. Quant à moi la féminité s'exprime davantage entre les deux oreilles qu'entre les deux épaules, mais pour le reste je peux comprendre. Je me rappelais qu'une infirmière lui avait dit qu'un sein c'est toute l'estime de soi et que ma blonde avait répondu qu'elle n'avait pas un cancer du cerveau. Admettons que tous les commentaires accordaient beaucoup d'importance à la féminité et les seins, c'est difficile d'en sortir, la pression sociale est forte.

J'ai toujours dit à ma blonde que je la soutiendrais dans un projet de reconstruction, mais je voulais qu'elle s'assure de faire ça pour elle et non pas pour son chum. Si ça te cause des inconvénients pour tes choix vestimentaires, si la perte d'un sein te limite dans tes activités, si tu te prives de certaines choses à cause de la mastectomie et si tu sentais plus heureuse avec un autre sein, je serai avec toi dans ce projet.

La vie a fait que pour une période de trois ans, on avait d'autres préoccupations. La vie d'un enfant accidenté était entre nos mains et le projet de reconstruction mammaire ne faisait plus partie de nos discussions jusqu'à cet été.

Je tombe sur un reportage dans La Presse + qui fait état de Finlandaises qui venaient de lancer Monokini 2.0, griffe de maillots de bain chics et osés destinés aux femmes qui ont un seul sein ou aucun. Le projet a été lancé par le duo d'artistes Nutty Tarts, en collaboration avec des designers et a été pensé par Elina Halttunen, nageuse et survivante au cancer sous le slogan: «Who says you need two?», raconte la journaliste Sophie Allard.

Je montre le reportage à ma blonde. Elle dit: «Les Norvégiens sont souvent en avant de leur temps. J'ai l'impression que ce sont eux qui l'ont l'affaire et que peut-être à l'avenir on s'assumera d'avantage au lieu de vivre dans le paraître.»

On ne parle plus de reconstruction mammaire depuis ce temps. Ma blonde n'a pas non plus acheté de monokini. Nous ne sommes pas rendus là, autant personnellement que socialement. Quelques personnalités ont déstabilisé le tabou en exposant leur cicatrice dans des magazines, dans des livres ou en d'autres occasions, mais nous sommes loin de nous promener sur la plage avec un monokini comme celui qu'on peut voir dans cette page.

Ce reportage aura peut-être été le petit détail qui manquait dans la réflexion de ma blonde au sujet de cette opération qui est souffrante et qui exige des mois de convalescence.

Les femmes qui ont subi une mastectomie, de la chimiothérapie, de la radiothérapie, des traitements aux hormones en ont assez enduré, vous ne trouvez pas?

Si on pouvait éviter la reconstruction, il me semble que ce serait bien.

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