Battre la chamade

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Sur cette photo, il est impossible de percevoir... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Sur cette photo, il est impossible de percevoir la nervosité qui s'est emparée de notre collègue.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

CHRONIQUE / Sortir de sa zone de confort est le propre du journalisme. Bruno Cormier m'avait dit que je pourrais tirer au pistolet si j'en avais envie. Je ne sais pas si je souhaitais vraiment jouer le jeu, ou si, en disant oui, mon motif réel était d'alimenter cette page.

Je ne me suis pas arrêtée pour réfléchir à tout ça ni aux conséquences possibles du geste. Car si cette photo de moi en prétendue policière finissait par se frayer un chemin dans le journal, il me faudrait très certainement répondre à un interrogatoire serré mené par mes garçons de six et sept ans, à qui nous avons toujours interdit les fusils et les jeux violents.

Avant mercredi, je n'avais jamais tenu une arme entre mes mains. L'expérience m'a rendue extrêmement nerveuse. Je me suis mise à faire de l'anxiété et je sentais mon coeur se démener à l'intérieur. On m'a montré comment placer mes doigts sur la crosse et on m'a dit de faire bien attention à mon pouce, qui pourrait être sérieusement malmené par le retour du chargeur. J'ai dit que j'avais tout compris, mais le temps de confier mon Glock à l'un des instructeurs pour enfiler mes écouteurs, j'avais tout oublié. J'ai tiré une fois. Dans le mille (ou presque)! Pour épuiser le contenu de mon arme, je devais assener 16 balles supplémentaires à ce tronc imaginaire. J'étais incapable d'aligner la mire tellement je chevrotais. J'étais aussi très gênée de me savoir observée, prise dans une situation sur laquelle j'avais l'impression de n'avoir aucun contrôle. Paradoxal de se sentir ainsi vulnérable en possession d'une arme aussi puissante. J'avais du mal à déglutir et à chaque munition qui sortait de mon canon, j'émettais un grognement. J'avais très chaud et mes poignets souffraient le martyre. J'ai tiré 17 fois. Après, on m'a dit que j'avais bien fait, avant de me remettre mon trophée de papier. L'instructeur Denis Gagné a relevé le fait que mon cou et ma poitrine étaient tachetés de rouge. En anglais, on appelle ça «A rush of blood to the head». C'est justement le titre d'un album de Cold Play que j'affectionne beaucoup.

Ai-je aimé l'expérience? Je dois être franche : non. Suis-je contente qu'on m'ait donné l'occasion de la vivre : absolument. Comme on dit, à chacun son métier. Comme citoyenne, j'ai pu constater à quel point ces policiers payés pour nous protéger sont bons dans ce qu'ils font. Comme journaliste, ça m'a permis de voir une situation de l'intérieur et d'échanger avec ces hommes et femmes dont la nature du travail fait en sorte que nous poursuivons parfois des objectifs diamétralement opposés. Une chose est sûre, je n'ai pas regretté d'avoir enfilé le gilet pare-balles que m'a prêté Bruno Cormier.

Faute de temps, Rocket Lavoie et moi n'avons pu assister à l'examen final des policiers. C'était très bien comme ça. Après avoir remis mon pistolet à qui de droit, j'ai salué tout ce beau monde d'une main fébrile, franchement soulagée de retrouver mon calepin et mon crayon, mes armes à moi, capables de beaucoup moins de destruction. Je suis sortie et j'ai avalé une bonne bouffée d'air. Puis, j'ai commencé à étayer l'ébauche d'une explication.

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