Histoire de camping 

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CHRONIQUE / Voici une histoire de camping, mais aussi une histoire de famille. (Archives La Presse)

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Archives La Presse

Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

CHRONIQUE / Voici une histoire de camping, mais aussi une histoire de famille.

Ma mère et ses six soeurs ont toujours été très proches. Ma marraine, Johanne, habitait la porte d'à côté quand on vivait sur la rue Wake, à Arvida. Son fils, Frédéric, était comme mon petit frère. Il n'y a rien qu'on n'ait pas manigancé avec ou contre Fred, ma soeur et moi. On lui faisait porter nos jaquettes quand il venait dormir chez nous et des souliers chinois pour aller à l'école. Tout ça au grand dam de mon parrain, Réjean, qui nous regardait aller, perplexe, mais bien obligé de nous laisser vivre nos péripéties enfantines. J'ai des tonnes d'anecdotes impliquant mes cousins et mes cousines. Dans le registre des familles tissées serré, on ne donnait pas notre place. 

Les années ont passé et la vie nous a dispersés. Certains ont gardé contact, d'autres moins. Une poignée d'entre nous avait envie de renouer, mais pas juste l'instant d'une soirée. On a donc décidé de s'offrir un week-end de camping sur les rives du lac Saint-Jean. Ma soeur était là avec ses jumeaux adolescents. Mon frère est venu de la région de Montréal avec ses jumeaux de deux ans, une roulotte louée dans leur sillage. Mes cousins Alex et Gaby ont franchi le Parc. Et il y avait, bien sûr Fred, qui était sur place avec sa famille depuis quelques jours parce que ses parents sont saisonniers à Saint-Gédéon. 

Ça faisait des semaines que l'événement était à l'agenda. Plus les jours filaient, plus il y avait une effervescence. J'avais hâte de chanter du Cabrel autour du feu, bras dessus, bras dessous avec Fred, de trinquer au bon vieux temps, de dépoussiérer nos souvenirs de parties de canisse bottée et de jours de l'An. J'avais hâte de voir mes enfants jouer avec ceux des autres. J'avais hâte qu'on rie encore de Fred en jaquette, qu'on se rappelle le temps où on faisait partie de l'équipe de T-Ball locale dirigée par nul autre que mon oncle Réjean. 

J'avais hâte à l'idyllique. Pour le reste, j'appréhendais. 

Je nous trouvais mal équipés et téméraires d'envisager dormir deux soirs sous la tente avec nos enfants de quatre, six, sept et neuf ans. Notre unique expérience de camping en famille remontait à 2009 avec deux rejetons. Fiasco ! Il a fait un froid de canard. Les mousses ont attrapé un rhume. Notre lit gonflable a crevé en pleine nuit et on s'est retrouvés couchés sur de la rocaille, à descendre tous les saints du ciel. Juste avant l'aube, les poings serrés dans notre Ford Windstar, la chaufferette à pleins gaz et les enfants gluants de morve, moi et mon chum avons frôlé l'hystérie. On a fini par s'assoupir dans notre capharnaüm, les châssis embués par nos souffles ralentis. J'ai dit plus jamais.

Ça faisait donc sept ans qu'on n'avait pas tiré le diable par la queue. Car faire du camping avec de jeunes enfants, c'est un peu ça. J'avais la trouille, même si une amie m'avait prêté le nec plus ultra des abris, assez grand pour coucher une demi-douzaine de marmots. J'avais peur, même si mon frère avait sa roulotte juste à côté pour dépanner.

Après avoir rassemblé assez de bagages pour partir un an, on a mis un égoportrait sur Facebook et on a mis le cap sur le lac. Au diable les angoisses, on a lancé ça dans l'univers. Les mousses, juchés sur leurs piles de couvertures, avaient les yeux pétillants comme du champagne. 

Pour faire une histoire courte, on a vécu une expérience mémorable. J'ai chanté avec Fred à me casser la voix. La progéniture s'est couchée bien après le soleil. Ils ont fait du Piékouagami leur pays.

Dimanche, on est partis les derniers. Dans l'auto, les enfants étaient crevés. En regardant les rayures mauve pâle sur les paupières de la petite dernière, j'ai essayé de deviner à quoi elle pouvait bien rêver. J'ai fini par abandonner en me disant que cet univers-là était le sien et que je n'avais absolument rien à voir là-dedans. Ou peut-être que oui. J'ai espéré que l'expérience des deux derniers jours ait meublé son imaginaire. Au final, j'ai conclu que si le rêve du moment n'était pas fait de mer et de sable, d'étoiles sur un ciel noir ou de grattements d'ongles sur une guitare, le pays des songes ne perdait rien pour attendre. L'aventure du camping lui reviendra. La plus récente, sans doute, mais d'autres à venir aussi. Si une certitude m'habite aujourd'hui, c'est bien celle qu'on y retournera, cousins, cousines ou pas.

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