Le choc des générations

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Zelda: Breath of the Wild... (Courtoisie)

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Zelda: Breath of the Wild

Courtoisie

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines, je regardais l'état de mes finances et même si je n'avais toujours pas les moyens de m'acheter un yacht et d'y organiser des fêtes à Cannes tout en portant un bel habit blanc, j'en suis venu à la conclusion que je pouvais enfin m'offrir une console Nintendo Switch. C'est quand même ça.

Alors hop, j'ai annoncé la grande nouvelle à mon fils et vous pouvez facilement imaginer le sourire de bonheur qui a aussitôt irradié son visage.

Pour ma part, j'essayais de jouer mon fameux rôle de père qui reste de marbre devant une telle situation, mais j'étais probablement plus excité que mon héritier.

En toute honnêteté avec vous, quand mon fils m'a demandé s'il allait pouvoir jouer à Zelda: Breath of the Wild, je lui ai dit que oui, tout en pensant intérieurement: « Checke ben ça, il va jouer 10 minutes et après, il va se dire que c'est plate, les jeux de vieux. »

Après deux ou trois jours, bien que mon fils me racontait que son aventure progressait, je le suspectais de me mener en bateau, car je ne voyais pas comment un enfant de 7 ans pourrait arriver à se démêler dans toutes ces quêtes, ces énigmes et ce déluge d'informations à retenir.

Et puis hop, par un beau soir, j'ai accidentellement continué sa partie.

Le choc que j'ai eu.

Non seulement il avait bel et bien accompli tout ce qu'il m'avait raconté dans les derniers jours, mais il était vraiment plus avancé que moi et il avait découvert un tas de trucs qui m'étaient complètement passés sous le nez. Probablement que si mon voisin Cédrick m'avait vu à ce moment par la fenêtre, il aurait pu lire sur mes lèvres un « bordel » d'étonnement très bien senti.

Puis, au fil des semaines suivantes, Charlot se faisait un malin plaisir de m'informer de son journal de bord, me menaçant sans cesse de me dévoiler les grandes intrigues du jeu.

D'un côté, je tenais à me préserver de ces punchs, mais en même temps, c'était un spectacle pas possible de le regarder me refaire une version théâtrale des grands moments de son aventure.

Et chaque soir, quand je me lançais à nouveau dans ma partie et que je faisais face à un casse-tête épouvantable, que je devais résoudre une énigme indéchiffrable, que je devais affronter une horde d'ennemis impitoyables ou que je devais trouver la sortie d'un labyrinthe, je me disais sans cesse: « Il a déjà tout fait ça et c'est un enfant de 7 ans. Et moi je suis là à me casser la tête pour trouver une solution. »

C'était plutôt bizarre comme feeling. J'étais partagé entre une admiration extrême pour mon garçon et une impression d'être déjà devenu un vieux père nul dans les jeux vidéos.

Mais voilà qu'un après-midi, il est venu me voir pour me demander mon aide. Comme mon orgueil m'avait poussé à multiplier les nuits blanches pour rattraper le retard que ma partie avait sur la sienne, j'étais parvenu à progresser jusqu'où mon fils en était rendu.

Alors hop, le hasard fait bien les choses et le truc sur lequel il m'avait demandé de l'aide la veille, eh! Ben!, j'avais justement passé la nuit précédente à chercher la solution.

Je me suis donc installé devant lui et son meilleur pote et comme un vieux sage, j'ai combattu le boss qui leur semblait impossible à battre. J'aurais pu en profiter pour remettre les pendules à l'heure et rappeler aux enfants que je demeurerais le roi des jeux vidéos encore pour un moment, mais je savais qu'ils avaient compris.

Trente minutes plus tard, j'étais là dans le salon, à fixer la télé, complètement abasourdi, car juste devant moi, mon garçon était en train de remporter le combat final. Il avait les yeux gros comme des deux piastres et on aurait pu éclairer une nuit sans lune avec les étincelles qu'il avait dans le regard.

Je sais que certains pères vous raconteront que leur garçon de sept ans peut parler huit langues ou qu'il comprend déjà la théorie de la relativité, mais bon, moi, mon gars a réussi à passer le dernier Zelda et je trouve ça vraiment magnifique.

Et puis, il a quand même eu un peu besoin de mon aide. Et ça, j'en suis très fier.

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