Pas facile pour les chandails de loups

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«Dans son dos, l'empreinte d'une grosse patte de... (123RF)

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«Dans son dos, l'empreinte d'une grosse patte de loup.»

123RF

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'étais dans la file au Subway. Et là, quand on parle d'une file, c'était une sacrée file. Le genre de file où on se dit qu'avec un peu de chance, on aura notre sous-marin avant la prochaine éclipse totale.

Afin de passer le temps, je regardais les employés s'affairer à répondre à tout ce monde et, bien honnêtement, j'admirais leur patience et leur sang-froid. Je vous dis ça, parce que si vous n'avez jamais travaillé dans le public, vous ne pouvez pas savoir à quel point c'est délirant d'avoir des dizaines de paires d'yeux qui vous dévisagent impatiemment. C'est très lourd comme expérience.

Alors hop, je regardais ça aller et soudainement, mon regard s'est arrêté sur un client qui était à deux ou trois places devant moi dans la file.

« Bordel ! » que je me suis dit intérieurement en apercevant le chandail qu'il portait. Dans son dos, l'empreinte d'une grosse patte de loup.

Maintenant, si vous suivez un peu l'actualité, vous savez certainement que par les temps qui courent, l'empreinte de la patte de loup fait généralement écho à La Meute, ce regroupement obscur sur Facebook qui crée énormément de vagues dans les médias.

Pour être bien franc avec vous, ça me déstabilisait de voir que ce gars affichait ses couleurs avec autant d'aise. Je veux bien comprendre que plusieurs membres de La Meute n'ont aucun problème à s'afficher ainsi étant donné que chaque réaction à cet effet est une occasion pour eux de répéter à qui veut bien l'entendre que cette appartenance ne fait pas automatiquement d'eux des personnes racistes, mais bon, entre vous et moi, j'avais l'impression qu'avec un aussi gros logo dans le dos, le gars ne faisait pas que s'afficher. Un peu plus et il s'accrochait un néon qui flash dans le dos.

Puis, quand le gars a payé son sous-marin et qu'il a gentiment remercié l'employée à la caisse, c'est là que j'ai allumé.

En fait, le gars portait le chandail d'une équipe de football. Ou un sport du genre.

Je ne suis certainement pas le premier à le dire, mais c'est vraiment une dure époque pour les chandails de loups et de chiens.

Si on parlait de météo...

Il y a quelques semaines, alors que je marchais le soir, je suis arrêté au Couche-Tard pour acheter du papier à rouler.

À la caisse, c'était cet employé qui, un an auparavant, m'avait appris que le truc avec le concours de la station-service, c'était de trouver un mot en particulier qui était extrêmement rare et qui vous permettait de gagner le gros lot.

Alors qu'on attendait que mon paiement Interac soit approuvé, j'ai dit un truc banal sur la météo pour meubler le silence.

Puis le gars m'a lancé du tac au tac : « À l'âge où je suis rendu, je profite même des journées grises. Je les savoure parce que c'est là que ça se passe. C'est pas demain, l'an prochain ou dans dix ans. Tu sais, on a toujours hâte à la semaine prochaine pour avoir notre paye, ou au mois prochain parce qu'il va neiger, ou à l'été prochain pour profiter du soleil, mais en fait, on a toujours hâte à plus tard. Et pourtant, si y a une chose que personne ne veut, c'est bien de vieillir. »

Quand le gars s'est arrêté, j'étais là à le dévisager, complètement sans voix.

Le truc, c'est que le gars avait entièrement raison et, après une affirmation qui vous bouscule autant les méninges, que peut-on ajouter de plus ?

Alors, j'ai laissé sortir un début de phrase inintelligible et heureusement, le gars a poursuivi et ça m'a laissé le temps de retomber sur mes pattes pour reprendre un rôle actif dans la conversation.

Tout ça, c'est plutôt con, car toute ma vie, j'ai refusé d'initier une conversation en parlant de météo, car de mon point de vue, ce n'était pas original. Et puis hop, 37 ans plus tard, je réalise que ça m'aurait certainement permis de vivre des échanges incroyables.

Vous allez voir, je finirai bien par comprendre un jour comment fonctionne la vie.

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