Les assassins funambules

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L'idée en question consistait donc à installer un... (Archives courtoisie, Imacom, René Marquis)

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L'idée en question consistait donc à installer un long fil de fer qui réunirait deux édifices.

Archives courtoisie, Imacom, René Marquis

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Ce n'est pas une histoire vraie.

Mais bon, c'est quand même l'histoire d'une bande de gens qui avaient décidé de s'unir.

Il faut savoir qu'à l'origine, tous ces gens ne se seraient probablement jamais adressé la parole, car ils provenaient de différents milieux et ne partageaient pas nécessairement les mêmes intérêts. Or, voilà qu'un jour, un type a lancé une idée et celle-ci a lentement, mais sûrement commencé à attirer des sympathisants. L'idée en question consistait donc à installer un long fil de fer qui réunirait deux édifices. 

Ainsi, il ne suffirait maintenant que d'emprunter ce fil de fer et du coup, sans même se taper le trafic du centre-ville, on n'aurait qu'à faire une belle ligne droite pour se rendre de l'autre côté de la ville. C'était plutôt génial comme solution quand on y pense. On sauverait du temps, on n'aurait même pas à utiliser sa voiture et on ne risquerait pas de se faire écrabouiller par une voiture. Et puis hop, imaginez tous les touristes extrêmes qui voudraient voir de leurs yeux ce projet quand même spectaculaire.

C'est donc pour toutes ces raisons que peu à peu, des gens provenant de divers horizons ont commencé à se joindre au projet et à l'appuyer. Pour dire vrai, chaque fois que ces gens se réunissaient pour parler du projet, ils étaient presque euphoriques tellement cette idée rejoignait directement leurs valeurs et leurs intérêts.

Or, par un beau jour, un type a eu vent de leur idée, mais celui-ci n'était pas du même avis qu'eux. C'est qu'en y réfléchissant bien, le gars en est rapidement venu à la conclusion que ce projet finirait un jour ou l'autre par tuer quelqu'un. Et il n'avait vraiment pas tort. Car en suivant une logique purement statistique, il était clair qu'en faisant passer des gens sur un fil de fer accroché entre deux édifices, quelqu'un finirait bien par perdre l'équilibre et compte tenu de la hauteur d'un édifice, sa tête exploserait comme une pastèque en touchant le sol. On n'avait qu'à penser au faible ratio de funambules par rapport à la population générale pour s'en faire une idée. Et même là, quand bien même on enverrait que des funambules sur ce fil de fer, il était presque écrit dans le ciel que l'un d'entre eux finirait par perdre l'équilibre et tomber sur le sol. Évidemment, le gars aurait pu s'inviter à une de leurs réunions pour leur exposer la situation, mais la perspective qu'un tel projet soit déjà en marche l'horrifiait tellement qu'il a réagi d'une façon plutôt émotive. Alors hop, le gars a commencé à alerter ceux et celles qui voulaient bien l'entendre en qualifiant ces gens d'assassins potentiels. 

Dans les faits, le gars n'avait pas vraiment tort. L'histoire avait depuis longtemps confirmé que le funambulisme de haute voltige comportait des risques énormes d'accidents mortels. 

Or, quand les gens qui aspiraient à concrétiser ce projet ont eu vent des accusations de l'homme, ceux-ci ont subi tout un choc. Car, de leur point de vue, ces accusations étaient tout simplement insensées. Certes, quelques-uns avaient secrètement déduit que le projet comportait des risques, mais il s'agissait davantage d'un dommage collatéral que d'une fin en soi. Jamais l'idée de vouloir provoquer la mort de quiconque ne leur était venue à l'esprit. Et pourtant, d'un point de vue extérieur, c'était visiblement comme ça que la population allait maintenant les percevoir.

La fin de l'histoire, je vous laisse le soin d'en décider. Peut-être que le projet du fil de fer a été descendu en flammes et qu'à partir de ce moment, quiconque oserait faire part de ses préoccupations quant au trafic, à la pollution ou au tourisme extrême risquerait maintenant d'être taxé d'assassin. Peut-être aussi que les gens qui appuyaient le projet ont profité d'une tribune pour humaniser leur cause et démontrer à la population que le projet n'était constitué que de bonnes intentions et que par un revirement incroyable, il s'est concrétisé, et ce, malgré les risques énormes qu'il impliquait.

Une chose est certaine, tout ce beau monde a manqué une sacrée belle occasion de se parler et qui sait, de finir par s'entendre. Dommage pour la première personne qui tomberait du fil de fer. Une chance que ce n'est pas une histoire vraie après tout.

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