L'arroseur arrosé

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 Et entre vous et moi, dans l'éventualité... (Archives La Presse)

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Et entre vous et moi, dans l'éventualité où le gag aurait fait en sorte que Catelli m'aurait proposé un vrai boulot de porte-parole, je serais de mauvaise foi de vous affirmer que j'aurais refusé.

Archives La Presse

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Pour être bien franc avec vous, je ne sais plus trop où et comment ça a commencé. Mais bon, voilà, j'ai mené ce qu'on pourrait appeler une expérience dans laquelle je suis devenu porte-parole bénévole pour les produits Catelli.

Tout d'abord, il faut savoir que ma curieuse fixation pour Catelli date d'il y a très longtemps. À titre d'exemple, dans une émission de radio que je coanimais au début des années 2000, il y avait une parodie d'émission techno nommée « baby-boomer.com » et mon personnage finissait toujours par faire dévier ses chroniques vers le site Internet de Catelli. 

Alors hop, j'ai continué à faire des allusions à Catelli dans des textes de chansons et des blagues ici et là, sans trop me douter que tout ça finirait par me mener vers un climax pas possible. Car voyez-vous, quand j'ai réalisé au début de l'année 2017 qu'il s'agissait du 150e anniversaire de Catelli, j'ai amorcé à la blague une campagne personnelle afin de souligner cet événement. Ainsi, il m'arrivait de partager des histoires touchantes sur Facebook, mais celles-ci se révélaient finalement n'être qu'un prétexte pour vanter les mérites des produits Catelli. Sinon, chaque fois que je voyais apparaître sur Facebook une publication commanditée par Catelli, je la partageais à mon auditoire, et ce, de la même façon que j'aurais partagé un extrait de Victor Hugo.

Au départ, nous n'étions qu'une dizaine de personnes à trouver cette démarche plutôt rigolo, mais au fil des semaines, le gag a commencé à rassembler de plus en plus de personnes. Puis, j'ai eu vent que des internautes écrivaient directement à Catelli pour leur signifier ma démarche. Au même moment, mon ami Julien Bernatchez (le célèbre détenteur du pire record à Un souper presque parfait) me narguait en devenant à son tour porte-parole des pâtes Barilla, provoquant ainsi ce que plusieurs internautes ont qualifié avec amusement la « Guerre des Pâtes ».

Et enfin, après plus de six mois de « bénévolat », le grand moment est arrivé. Catelli m'a envoyé un colis mystérieux et le soir même, des centaines d'internautes visionnaient en direct sur Facebook le dévoilement de son contenu.

Au moment de vous écrire ces lignes, plus de 35 000 personnes ont visionné ce dévoilement. Même Denis Coderre était là. Et ce n'est pas une farce. Maintenant, comme je ne travaille pas en publicité, j'ignore à quoi peuvent ressembler les tarifs pour une telle campagne, mais entre vous et moi, je préfère ne pas le savoir. 

L'ironie dans tout ça, c'est qu'au départ, je ne voulais que narguer mes collègues internautes qui ont fait de leur existence numérique un espace publicitaire afin de promouvoir différents produits. Du coup, je croyais qu'en employant leurs différentes méthodes de promotion sans aucune pudeur, je ferais prendre conscience du vide absurde qui se dégage de leurs pratiques. Or, quand on regarde tout ça, j'en viens à me demander si je ne suis pas devenu malgré moi l'arroseur arrosé.

Car outre les internautes qui sont habitués à mon utilisation loufoque des réseaux sociaux, la grande majorité des gens qui ont été exposés à mes stratégies promotionnelles n'ont probablement jamais saisi que tout ça n'était qu'un cirque ironique.

Et entre vous et moi, dans l'éventualité où le gag aurait fait en sorte que Catelli m'aurait proposé un vrai boulot de porte-parole, je serais de mauvaise foi de vous affirmer que j'aurais refusé. Je dis ça parce que si on m'offrait des dizaines de milliers de dollars par année pour promouvoir des pâtes alimentaires et de la sauce, le dilemme serait moralement beaucoup moins troublant que pour endosser une compagnie d'armes à feu.

Alors hop, qui est le dindon de la farce dans tout ça ? Les Youtubeurs qui transforment leurs tribunes en espaces publicitaires ? Les stars d'Instagram qui gavent leurs abonnés de trucs promotionnels ? La société de consommation qui utilise des individus pour s'humaniser ? 

C'est un peu triste à dire, mais dans le cas présent, ce fut moi le clown. Mais hey, mes armoires sont pleines de pâtes.

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