L'envol de Billy

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«Alors hop, si Julie avait besoin de mon... (Photo 123RF)

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«Alors hop, si Julie avait besoin de mon aide ce jour-là, c'est que Maggie avait attaqué un pauvre merle et pour ajouter au côté tragique de l'histoire, le petit oiseau avait survécu à l'attaque.»

Photo 123RF

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'ai su d'une façon plutôt douloureuse que mon amoureuse avait une phobie pas possible des oiseaux. C'était au tout début de notre relation et alors que nous marchions main dans la main dans un stationnement, voilà que des goélands avaient décidé de voler dans notre direction. Vous dire à quel point Julie m'avait broyé la main dans un spasme de terreur... Sans farce, j'en ai eu mal à la main pendant deux ou trois jours.

Voilà donc qu'il y a quelques jours, j'ai tout de suite su ce qui se passait quand Julie est rentrée dans la maison et m'a informé qu'elle avait besoin de moi. Juste à voir son regard, je savais que ça avait un lien avec les oiseaux.

Le truc, c'est que notre chatte Maggie, elle aime ça chasser. Bien qu'elle fasse du surpoids et qu'elle ait des gros mottons de poil noir partout sur le corps, disons-le, Maggie excelle vraiment en tant que chasseuse. Maintenant, au grand malheur de Julie, Maggie se spécialise dans les oiseaux.

Alors hop, si Julie avait besoin de mon aide ce jour-là, c'est que Maggie avait attaqué un pauvre merle et pour ajouter au côté tragique de l'histoire, le petit oiseau avait survécu à l'attaque. D'ailleurs, faisons-nous donc le plaisir de rehausser encore davantage l'aspect tragique de ce récit en affublant le petit oiseau d'un nom. Tiens, appelons-le Billy.

Billy était donc là sur le gazon, et je peux vous en passer un papier qu'il n'était pas du tout essentiel d'être vétérinaire pour déduire que le pauvre oiseau était mal en point.

Visiblement, Billy avait une aile endommagée et pour être bien franc avec vous, je me sentais complètement dépourvu. 

J'ai donc sorti une pelle et j'ai invité Billy à y monter à bord. L'oiseau m'a dévisagé, puis j'ignore qu'est-ce qui a pu le convaincre, mais il a finalement décidé de s'y installer. J'ai ensuite marché avec Billy sur sa pelle jusqu'à un terre-plein à quelques pas de ma maison.

Là-bas, il y a un arbre où les branches sont faciles d'accès et où les chats vont rarement s'y aventurer. De plus, il y a constamment un couloir de vent et ça facilite l'envol des oiseaux mal en point. Du moins, c'est ce que je me plais à croire depuis quelques années, compte tenu des deux ou trois oiseaux que j'ai réussi à sauver ainsi.

Or, cette fois-ci, il n'y pas eu de miracle. J'ai réussi à poser Billy sur une branche et le pauvre oiseau est resté là, à contempler silencieusement l'horizon. J'ignore pourquoi, mais je lui ai demandé si ça allait aller et vous le devinerez, il ne m'a rien répondu.

Je suis peut-être resté une dizaine de minutes à observer Billy et après avoir pris deux photos de lui sur sa branche, je lui ai souhaité bonne chance.

Quelques heures plus tard, je suis retourné voir Billy, souhaitant qu'il ait enfin réussi à prendre son envol et à rejoindre son nid, mais en vain. Billy était toujours là à regarder silencieusement au loin. Il y avait quelque chose de tristement poétique de le voir ainsi.

Puis, le lendemain, alors que je regardais des photos que je venais de prendre, j'ai vu celles de Billy et dès que j'en ai eu l'occasion, je suis allé voir s'il était toujours là.

Sur la branche où il avait trôné pendant des heures, il n'y avait plus aucune trace de Billy.

Au sol, rien non plus.

Toutefois, j'ai ensuite constaté que l'herbe venait d'avoir été fraîchement tondue.

Maintenant, je vous laisse le choix entre deux conclusions. 

La première, c'est que Billy est mort pendant la nuit et aujourd'hui, lorsqu'un employé de la ville est passé pour tondre le gazon, il a platement ramassé son corps pour le jeter aux ordures.

Mais je préfère la seconde conclusion.

Dans celle-ci, Billy a lutté pendant toute la nuit pour sa vie du haut de sa branche. Puis, quand le soleil s'est levé, Billy a senti la brise du matin. Le vent s'est tranquillement levé, puis Billy a réuni toutes ses forces et malgré la douleur que lui procurait son aile brisée, il a bondi dans le vide pour ensuite se laisser porter par le vent qui soufflait.

J'aurais bien aimé voir ça de mes yeux, mais bon, je peux le voir dans ma tête et ça me suffit.

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