Semeuse d'amour par accident

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«Mais ce qui m'impressionne le plus dans tout ça, c'est que ma maman soit toujours là parmi nous. Si je vous dis ça, c'est que cette femme est une vraie survivante.»

123RF

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Elle ne sera vraiment pas contente que je vous en parle, mais bon, d'ici quelques jours, ma mère va franchir le cap des 70 ans.

Ça me fait tout drôle de vous dire ça, car il me semble que lorsque j'étais gamin, c'était le genre d'âge qui m'apparaissait si lointain. En fait, plus j'y repense et plus je réalise que tous les âges au-dessus de 40 ans me semblaient lointains. Puis, mystérieusement, au fil des années, cette espèce de frontière imaginaire s'est tranquillement estompée au point où, désormais, je me dis que 40 ans, c'est moi dans 3 ans. En d'autres mots, c'est demain. Peut-être que c'est parce que je vieillis.

Mais ce qui m'impressionne le plus dans tout ça, c'est que ma maman soit toujours là parmi nous. Si je vous dis ça, c'est que cette femme est une vraie survivante. Et là, ça va bien au-delà de la maladie qu'elle a combattue il y a une vingtaine d'années, car voyez-vous, ma mère est abonnée aux accidents.

Maintenant, je ne sais pas si vous vous souvenez de ce grand classique du cinéma burlesque intitulé La Chèvre et qui mettait en vedette l'éternel Pierre Richard. On peut presque dire que ma mère est une version réaliste de ce film.

On se rappellera que dans le film original, le personnage incarné par Pierre Richard avait un don hors du commun pour se blesser ou se retrouver en danger, et ce, peu importe où il se trouvait.

Eh ! Ben !, ma mère, c'est pas mal ça.

Si ce n'est pas une plaque de glace dans un stationnement qui la fera glisser sur le sol pour ensuite la propulser et la laisser coincée sous une voiture, ça sera une grosse balançoire qui, par un phénomène physique pratiquement impossible à anticiper, finira par s'envoler pour ensuite la cogner sur la tête.

Sinon, croyez-le ou non, mais même un banal oeuf peut se transformer en arme très dangereuse pour ma mère. En effet, elle aura beau faire comme vous et moi lorsqu'on se fait un oeuf à la coque, il y aura du danger dans l'air. Même qu'elle pourrait préparer des oeufs à la coque pour 20 personnes et je peux vous assurer que tout le monde sera en sécurité, sauf elle. Elle se retrouvera probablement avec un oeuf « défectueux » qui finira par lui exploser en plein visage après avoir laissé entendre un inquiétant sifflement.

Voilà donc qu'il y a quelques jours, ma maman a eu un autre de ces accidents alors qu'elle était à l'église. Évidemment, ce qui aurait dû être une chute anecdotique pour quiconque s'est transformé en véritable saga médicale. Ainsi, la chute a occasionné des problèmes à un de ses bras et elle aura dû être opérée d'urgence un mardi soir.

Le soir de l'opération, alors qu'on ignorait si ma mère passerait la nuit à l'hôpital ou si elle serait renvoyée à la maison, ma soeur et moi, on a jasé de ça au téléphone. La vie étant ce qu'elle est, ça faisait un sacré bail qu'elle et moi on n'avait pas pris le temps de discuter de tout et de rien. Or, voilà qu'au fil de la discussion, on a soudainement pris conscience du fait que la liste d'accidents que ma mère avait pu subir depuis notre enfance défiait tout simplement toute logique.

Puis hop, quand je lui ai raconté le truc de l'oeuf explosif, elle et moi, on a tous les deux été pris d'un fou rire impossible. J'étais là à ne plus être capable d'enchaîner deux mots tellement je riais et, au bout du fil, il y avait ma soeur qui ne pouvait plus s'arrêter de rigoler. Et c'est alors que ça m'a frappé : « bordel, ma soeur rit comme moi ».

Le lendemain, je suis allé rendre visite à ma mère et alors qu'elle me racontait les grandes lignes de cette mésaventure, je lui ai confié que ma soeur et moi, on avait fini par exploser de rire en se remémorant tout ce qui avait pu lui tomber sur la tête au cours des trente dernières années.

Et c'est à ce moment que j'ai vu dans les yeux de ma mère que malgré la douleur qu'elle avait subie dans les dernières journées et le stress qui vient avec tout ça, elle était contente de savoir que ma soeur et moi avions renoué.

Je vous le dis : ma mère, c'est une survivante. Mais surtout, c'est une semeuse d'amour. Même si elle le fait parfois par accident.

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