Au revoir madame Lulu

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«Il y a presque six ans, nous arrivions... (Photo 123rf)

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«Il y a presque six ans, nous arrivions donc dans notre première maison et c'est alors que nous allions faire la rencontre de madame Lulu, cette charmante dame qui vivait juste en face.»

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Alors hop, l'an dernier, c'était madame Pauline et monsieur Hubert qui quittaient le voisinage et voilà que cette fois-ci, c'est madame Lulu.

Il y a presque six ans, nous arrivions donc dans notre première maison et c'est alors que nous allions faire la rencontre de madame Lulu, cette charmante dame qui vivait juste en face.

Ainsi, au cours des six dernières années, elle a vu notre petit bonhomme passer de jeune bébé au petit garçon qui allait régulièrement lui rendre visite pour ensuite en revenir les poches pleines de bonbons. Puis, elle a vu son vélo passer de quatre à deux roues.

Elle m'a aussi vu prendre du bide, en perdre, puis en regagner un peu.

Elle a fait un bien fou à mon amoureuse à tellement d'occasions en l'écoutant et en lui partageant ses histoires.

Chaque jour, elle savait exactement à quelle heure de la nuit précédente je m'étais réveillé en sursaut sur le divan pour ensuite éteindre toutes les lumières de la maison.

Sinon, alors que nous jasions devant sa maison, nous avions découvert que nous avions un lien de parenté du côté de ma mère et, chaque année, madame Lulu finissait par m'en reparler en me demandant avec un grand sourire aux lèvres : « Je t'avais-tu déjà dit ça ? »

Chaque jour, son petit chien Benji commençait soudainement à japper de façon hystérique lorsqu'il nous voyait passer devant la maison.

Quelques larmes

Maintenant, ceux et celles qui ont appris à me connaître par l'entremise de ces chroniques s'en doutent certainement, mais bon, j'ai évidemment versé quelques larmes en rendant visite à madame Lulu pour une dernière fois. 

En fait, ce qui m'a affecté dans cette histoire, c'est que si madame Lulu est partie, ce n'est pas parce qu'elle était malade ou un truc du genre. C'est seulement qu'à l'âge très vénérable qu'elle a atteint, même si l'esprit et le coeur sont bien là, le corps finit par nous jouer des petits tours.

Par exemple, il y a un peu plus d'un an, madame Lulu m'avait demandé de contacter le journal pour faire cesser son abonnement : « Écoute Joël, c'est pas parce que votre journal ne m'intéresse plus, mais depuis que j'ai mes problèmes de yeux, je n'arrive même plus à lire, donc, c'est pas très pratique de recevoir le journal. »

À ce moment-là, peut-être faisais-je de l'aveuglement volontaire (désolé pour le mauvais jeu de mots), mais c'était là les signes annonciateurs d'une décision bien plus difficile qui deviendrait ultimement inévitable, celle de devoir partir de cette maison qu'elle occupait depuis des décennies.

Alors hop, aujourd'hui, je jetais parfois un coup d'oeil à la fenêtre du salon et chaque fois, je voyais Roch et ses soeurs transporter ici et là les meubles de madame Lulu à l'extérieur de la maison. 

Nouvelle famille

Je songeais au fait que cinquante ans auparavant, ç'avait été eux, cette jeune famille dont les enfants animaient les rues du quartier avec leurs éclats de rire et leurs cris d'amusement.

Cette semaine, une toute nouvelle famille prendra possession des lieux. Mais pour les prochaines années, ils devront certainement se faire à l'idée qu'ils habiteront la maison de Lulu. Tout comme nous qui habitons la maison de madame Charlotte ou comme nos voisins qui habitent la maison de madame Pauline et de monsieur Hubert. D'ailleurs, faudrait bien que je leur parle un jour ou l'autre à ceux-là. Ça va quand même faire un an qu'ils sont là, mais bon, vous savez comment c'est, une fois qu'on s'est dit : « Salut, on est voisin », je ne sais jamais quoi faire après, alors hop, quand j'aurai fini par trouver, j'irai leur serrer la pince.

D'ici là, j'espère que j'aurai respecté ma promesse d'aller rendre visite au moins une fois à madame Lulu. « C'est comme un loft et c'est très grand. J'aime vraiment ça Joël. Je ferai pas pitié », que madame Lulu m'a dit en me parlant de son nouveau domicile.

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