Pas de «Continue»

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
«Évidemment, pour les enfants d'aujourd'hui, de savoir qu'un... (123RF)

Agrandir

«Évidemment, pour les enfants d'aujourd'hui, de savoir qu'un de vos oncles ou une de vos tantes s'intéresse aux jeux vidéo, ça ne sort pas de l'ordinaire, mais pour les gamins de mon époque, c'était tout un choc.»

123RF

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'ai toujours bien aimé ma tante Line.

Maintenant, ça peut sembler con, mais le premier souvenir que j'ai d'elle, c'est que j'étais au Cadilo ou un autre club vidéo du genre et ce jour-là, j'étais allé me louer une cassette de Nintendo.

Puis voilà qu'en faisant un trentième tour d'horizon des jeux qui étaient disponibles, j'étais tombé face à face avec ma tante Line qui elle aussi, était venue se louer une cassette de Nintendo.

Évidemment, pour les enfants d'aujourd'hui, de savoir qu'un de vos oncles ou une de vos tantes s'intéresse aux jeux vidéo, ça ne sort pas de l'ordinaire, mais pour les gamins de mon époque, c'était tout un choc.

Puis, j'ai aussi souvenir qu'un jour, j'étais allé lui rendre visite avec mon père et comme Line avait à la maison ce qu'on appelait des pensionnaires, il y avait cette dame qui se balançait à côté de nous et qui n'arrêtait pas de faire des drôles de sons. Line m'avait alors expliqué que son boulot à elle, c'était de s'occuper de ces adultes qui étaient aux prises avec un retard cérébral et dont les familles ne pouvaient pas s'occuper. Ainsi, du matin jusqu'au matin suivant, elle veillait sur ces personnes qui vivaient sous son toit.

Ça m'avait complètement bouleversé de penser que ces gens avaient été en quelque sorte abandonnés, puis comme pour essayer de me rassurer maladroitement, mon père m'avait dit ne pas m'en faire, car ils n'étaient pas capables de se rendre compte qu'on les avait abandonnés. Comme on dit, il avait fait comme il avait pu.

Ma tante Line avait aussi deux enfants. Il y avait Fred qui avait presque mon âge et avec qui je m'entendais très bien. Il était un super gymnaste et sa personnalité me fascinait vraiment. Et puis il y avait sa grande soeur, Mélanie, que je trouvais d'une gentillesse pas possible.

Maintenant, la suite est plutôt nulle, car mon père est disparu du décor et même si ma mère et les soeurs de mon père faisaient des efforts pour que je garde contact avec ma famille du côté paternel, j'étais constamment habité par cette impression d'être l'artiste invité d'une sitcom à la télé, et ce, chaque fois que j'allais me pointer le bout du nez. Et là, qu'on se comprenne, ce n'était pas de leur faute, car ils faisaient vraiment tout en leur possible pour que je me sente bien, mais vous savez comment c'est : je savais au fond de moi que je ne faisais pas partie de leur quotidien.

Alors hop, au fil des années, une certaine distance s'est installée.

Puis, un jour, ma mère m'a appris que Line n'allait pas très bien.

Ici, je ne voudrais pas vous induire en erreur, mais je crois que ça avait été un truc plutôt rapide. Du genre qu'un jour, elle a eu mal quelque part et quelques heures plus tard, on lui annonçait qu'elle était atteinte d'un cancer généralisé.

Je me souviendrai toute ma vie que la dernière fois où je lui ai rendu visite, c'était un vendredi soir.

Ma tante, qui avait toujours été bien en chair, semblait soudainement si minuscule dans son grand lit d'hôpital. Son corps semblait tellement souffrir, mais les calmants l'aidaient à tenir le coup.

Je me souviens qu'elle avait été très contente de me voir. Moi aussi, j'étais content. Et surtout très triste.

Il y avait Fred et Mélanie qui étaient là et je ne me souviens plus s'ils avaient encore la force de pleurer, mais moi, je pleurais comme une madeleine.

Puis, quelques jours plus tard, elle est partie.

Jusqu'à ce jour-là, le cancer avait essayé à plusieurs reprises de m'enlever des gens que j'aimais. Notamment ma maman, qui a courageusement tenu tête à la maladie alors que j'avais seize ans.

Mais ce soir-là, quand j'ai fait mes adieux à ma tante Line, je connaissais déjà l'issue de ce combat. Et c'est justement pour ça que je crois qu'il est impératif d'encourager la recherche afin de lutter contre le cancer. Parce que c'est nul de savoir la fin alors que le film est encore au beau milieu. Et surtout, parce que les victimes font partie de nos vies et chaque fois qu'une d'elles s'en va, c'est une petite partie de nous qui disparaît.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer