Pire qu'un chat de gouttière

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CHRONIQUE / Mercredi, mon collègue ici au journal, Denis Villeneuve, signait un... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Mercredi, mon collègue ici au journal, Denis Villeneuve, signait un papier troublant à propos de la hausse significative des corps non réclamés.

Ça, en d'autres mots, c'est lorsqu'un type meurt seul dans son appartement et que par la suite, on n'arrive pas à trouver un de ses proches ou un membre de sa famille qui pourrait se charger de lui organiser un dernier petit adieu.

Maintenant, je dois m'en confesser, mais c'est là un sujet difficile qui vient littéralement me chercher aux tripes, car voyez-vous, moi aussi je vais mourir et en toute honnêteté, ce n'est pas le projet de vie qui m'allume le plus.

De un, comme je ne suis pas d'un tempérament très aventurier, j'aime savoir où je vais, combien de temps j'y serai et surtout, pourquoi j'y vais. Mais bon, comme il y a du positif dans tout, j'ai quand même une petite idée de combien de temps je serai mort une fois que ça sera fait. C'est déjà ça de pris.

Sinon, mon côté orgueilleux fait en sorte que je me demande souvent s'il y aura un peu de gens qui assisteront à mes funérailles. À titre d'exemple, il y a quelques jours, je me prêtais à un exercice macabre dans lequel je comptabilisais les personnes dont j'étais pratiquement certain qu'elles y seraient et entre vous et moi, le décompte s'est arrêté plus rapidement que je ne l'aurais souhaité.

D'ailleurs, peut-être même que ce décompte était optimiste, car l'ami Steeve Z me racontait récemment qu'une des ses amies était passée à un cheveu de mourir et pendant la semaine où on ignorait encore si elle en ressortirait vivante, celle-ci avait reçu la visite de plusieurs personnes. Parmi celles-ci, elle avait remarqué de nombreux visages dont elle n'aurait jamais pensé qu'ils prendraient le temps d'aller lui rendre une éventuelle dernière visite. Or, elle se souviendra aussi toute sa vie des visages absents dont elle se serait pourtant attendue de voir au cours d'une telle épreuve.

Évidemment, je pense beaucoup à ma mort, mais je pense beaucoup trop aussi à celle des autres. Et quand je dis « beaucoup trop », je pense notamment à hier soir, alors que je réfléchissais avec tristesse à ce jour où nous devrons dire adieu à Maggie, notre grosse chatte noire.

Cela dit, c'est quand même un peu con quand on y pense, car le jour où Maggie nous quittera, elle aura mon fils, mon amoureuse et moi pour lui livrer un dernier petit hommage.

Alors comment justifier que des humains sont condamnés à mourir dans une solitude aussi extrême alors qu'un misérable chat de gouttière peut pratiquement se targuer d'avoir en quelque sorte ses propres arrangements préfunéraires ?

Entre vous et moi, ça me donne la chair de poule. Car lorsqu'on essaie de comprendre, la chienne finit par nous poigner.

Et si demain ma blonde et moi étions écrasés à mort par un avion qui tomberait sur notre maison, qu'arriverait-il à mon fils ? Qui le prendrait en charge ? Et combien de temps ? Et comment négocierait-il avec une telle situation ? Et qui appellerait-il le jour où il serait dans le trouble ?

C'est en se posant ces questions qu'on comprend très vite que mourir seul, ce n'est pas si difficile d'y arriver.

Certes, ça peut être par choix, mais avec le rétrécissement des familles modernes, il suffit d'un léger concours de circonstances pour soudainement se retrouver si seul.

Alors à la fin, à part toucher du bois, que peut-on faire pour éviter de mourir seul lorsqu'on peut compter les membres de sa famille sur les doigts d'une seule main ?

Si tous ces corps non réclamés pouvaient encore parler, peut-être aurions-nous un début de réponse.

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