Un monde sans eau

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CHRONIQUE / J'ai toujours été un fan fini de cinéma d'épouvante. Que... (Archives AP)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'ai toujours été un fan fini de cinéma d'épouvante. Que voulez-vous, j'aime ça me faire peur en regardant des films.

Ironiquement, je suis un gars très peureux dans la vie. Par exemple, le soir, quand je marche, j'ai toujours une petite crainte de ne pas entendre arriver une voiture derrière moi et de me faire frapper. Sinon, quand je passe dans la petite ruelle à proximité du Centre Alma (l'ancien Carrefour Alma), j'ai toujours souvenir de la fois où Richard m'avait tiré dessus avec son fusil à plomb et même si je sais très bien qu'aujourd'hui, Richard n'est vraiment plus en mesure de m'attaquer, j'ai encore la chienne.

Or, quand je me fais peur en regardant des films d'horreur, il y a une petite partie de moi qui se dit que je n'ai pas à m'inquiéter, car ce n'est pas vrai. D'ailleurs, il y a quelques jours à peine, le physicien britannique Brian Cox a démontré scientifiquement que l'existence des fantômes était impossible.

Toutefois, comme on le dit en bon français, j'ai « pogné un mur » récemment en visionnant le long métrage Blind Sun de la réalisatrice Joyce A. Nashawati. Pour ceux et celles qui aimeraient le découvrir, il est disponible en exclusivité sur le site de Shudder, une espèce de Netflix dédié principalement au cinéma d'horreur.

Grosso modo, Blind Sun, c'est l'histoire d'Ashraf, un immigré qui tente de gagner sa vie en Grèce, dans un futur pas si lointain. Et là, le futur tel qu'il est représenté dans Blind Sun, il n'a rien de jojo. Pas d'autos qui volent, pas de robots, mais une chaleur toujours de plus en plus insupportable et surtout, la soif.

Car voyez-vous, dans ce futur très probable, le climat est complètement parti en couilles et l'eau a été privatisée par une sombre multinationale qui nourrit sans cesse la soif de la population à grands coups de publicités léchées qu'on passe en boucle à la télé entre deux bulletins télévisés qui dressent un bilan très sombre de la situation sociopolitique, véritable incubateur de violence.

Dans ce futur où l'eau potable est une ressource strictement contrôlée, le simple fait d'arroser ses plantes est un délit passible de graves amendes. Acheter une bouteille d'eau, c'est courir le risque d'être fusillé par le commis du dépanneur qui est constamment sur ses gardes.

Mais aussi, dans ce futur curieusement trop plausible, la solidarité humaine ne tient plus qu'à un fil. On se méfie des étrangers, quitte à les laisser mourir de soif. Sinon, les forces de l'ordre laissent les gens s'entretuer et on devine rapidement que leur enjeu le plus important, c'est de veiller à leur propre sécurité et celle de la multinationale qui gère l'accès à l'eau potable.

Certes, Blind Sun n'est vraiment pas un film à grand public, mais à mon humble avis, il gagnerait grandement à être vu par plusieurs personnes, et ici, je pense notamment aux climatosceptiques.

Car ce que Blind Sun nous fait réaliser, c'est que dans un monde où l'eau potable est une denrée rare et où le climat est devenu insupportable, le bien-être est inatteignable, et ce, que l'on soit bien nanti ou pauvre comme Job.

Ainsi, les plus fortunés doivent littéralement s'emprisonner afin de rester à l'abri de la plèbe, et la peur suscitée par la menace potentielle des autres habite constamment leur esprit.

Évidemment, certains me diront qu'ici, il n'est question que d'une oeuvre de fiction, mais à la différence des fantômes, des loups-garous ou des poupées meurtrières, un futur sans eau potable où le climat est devenu insupportable ne relève aucunement de la fantaisie.

Maintenant, sans vouloir sombrer dans le pessimisme ou le défaitisme, une triste question m'habite depuis le visionnement de Blind Sun : sauver le futur relève-t-il du mirage ?

En toute honnêteté, je crains davantage la réponse que de rencontrer Jason le mort-vivant au tournant d'une rue...

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