Le comptoir de la frustration ultime

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
«Mais ce qui est le plus fascinant à... (123RF)

Agrandir

«Mais ce qui est le plus fascinant à l'épicerie, c'est d'y étudier le respect des normes.»

123RF

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Dans la vie, j'adore aller à l'épicerie.

Même que pour vous dire vrai, il m'arrive souvent de m'y rendre à la moindre excuse. «Hop! On va manquer de pain d'ici demain soir, je ne prendrai pas de chance et je vais aller immédiatement en chercher», que je me dis.

J'aime ça déambuler dans les rangées et regarder les trucs en rabais. Mais ce que j'aime le plus, c'est de trouver un nouveau produit, notamment les nouvelles sortes de jus.

Jusqu'à tout récemment, je me plaisais à m'imaginer que j'étais une espèce de Christophe Colomb des nouvelles saveurs de chips, mais depuis ma cure de désintoxication de croustilles, j'ai dû laisser cette mission à de plus jeunes explorateurs.

Mais ce qui est le plus fascinant à l'épicerie, c'est d'y étudier le respect des normes.

C'est quand même fou de se dire à quel point la plupart des gens respectent de façon presque religieuse les lois de l'épicerie.

Tout d'abord, on n'a qu'à jeter un coup d'oeil à leur façon de circuler. Alors qu'aucun trajet n'est affiché, pratiquement tout le monde suit pourtant un circuit qui semble prédéfini.

Par exemple, à l'épicerie où je vais le plus souvent, les gens débutent par les fruits et légumes pour ensuite bifurquer vers les viandes, puis les produits laitiers et enfin, effectuer un zig-zag des rangées jusqu'à la caisse. Mais si par malheur, vous décidiez d'aller à contresens, non seulement vous devrez affronter les regards confus des autres clients, mais en plus, vous risquerez d'être prisonnier du «trafic».

Sinon, dans le même ordre d'idées, il est plutôt étonnant de s'intéresser au comportement général des clients qui doivent attendre à la caisse rapide où tout un chacun étudie en silence les articles du prochain client. Combien de fois me suis-je surpris à compter les articles dans le panier du client devant moi afin de m'assurer qu'il avait respecté la limite maximum d'items? Et surtout, combien de fois ai-je jugé cette personne après m'être rendu compte qu'elle nous avait tous floués avec ses quinze articles au lieu du maximum de douze?

D'ailleurs, si on se souvient très bien de ces fois, c'est pour une raison plutôt surprenante: c'est que ça n'arrive pas si souvent que ça. Je serais même très curieux d'avoir accès à des statistiques à propos du respect global des clients à l'égard du maximum d'articles à la caisse rapide.

Et puis hop! Alors qu'on attend tranquillement notre tour, si la malchance est de notre côté, voilà qu'arrive ce client qui se pointe à ce que j'ai surnommé, le comptoir de la frustration ultime.

Vous savez, ce comptoir sur le côté de la caisse où les gens y demandent des billets de lotos et des cigarettes?

Mais pourquoi ce comptoir a priorité sur tout le reste? Vous aviez beau être là à faire la file depuis dix minutes, si un client décide de se pointer au comptoir de la frustration ultime, voilà que soudainement, c'est comme si la file de la caisse rapide n'existait plus. Et puis juste pour ajouter une petite touche de colère, voilà que le client a besoin de valider ses 10 000 billets pour ensuite en acheter 5000 autres. Quelqu'un pourrait enfin me dire qu'est-ce qu'il a de plus que les autres ce comptoir?

Je le répète, mais c'est quand même fascinant. Depuis quand ces lois non écrites de l'épicerie sont-elles en branle? Est-ce que nous les acquérons passivement dès l'enfance? Ou pire encore, serait-ce incrusté dans notre code génétique?

Une chose est certaine, c'est une bonne chose pour l'inventeur du comptoir de la frustration ultime que son nom ne figure nulle part. Faut croire qu'il y a parfois des avantages à avoir été oublié par l'histoire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer