Mettre fin au racisme

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CHRONIQUE / Il y a quelques années, alors que je travaillais à la bibliothèque,... (123rf)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a quelques années, alors que je travaillais à la bibliothèque, nous avions accueilli un employé nommé Mukietu. C'était un type sympa qui était parti de son pays pour venir étudier ici au Canada. Le gars était très grand et arborait constamment un énorme sourire.

Voilà donc qu'un jour, alors que nous jasions de tout et de rien, Mukietu m'a raconté avec son légendaire sourire que parfois, lorsqu'il se baladait le soir et qu'il passait devant des voitures garées dans lesquelles il y avait des gens, il pouvait entendre ceux-ci tenter de verrouiller discrètement leurs portières.

«C'est peut-être seulement un hasard aussi et ça n'a sûrement rien à voir avec le fait que je sois noir», qu'il m'avait dit avec une savoureuse ironie.

Maintenant, si vous aviez l'occasion de questionner Mukietu à propos de cet échange, il vous dirait certainement qu'il n'en a aucun souvenir. Or, en ce qui me concerne, ce fut là un énorme choc, car Mukietu m'avait alors fait réaliser que le racisme, c'est parfois comme le diable: il se cache dans les détails.

Et puis hop, dans les semaines qui ont suivi, c'était comme si Mukietu m'avait filé des lunettes magiques qui me permettaient désormais d'identifier plus facilement ces fameux petits détails qui font en sorte que certaines personnes seront subtilement exclues en raison de leur apparence ou de leurs origines.

Mais un jour, voilà que je me suis rendu compte que même sans ces lunettes magiques, je pouvais percevoir une forme de racisme qui semblait ne déranger pratiquement personne: le racisme à l'égard des Autochtones.

Pour la petite histoire, j'étais alors en train de m'affairer à un truc quand un usager de la bibliothèque m'a lancé sans aucune gêne: «Coudon', y a tu un autobus de kawish qui vient de débarquer icitte?». Le gars s'était permis cette réflexion, car voilà qu'il venait d'identifier deux ou trois autochtones qui profitaient paisiblement des services de la bibliothèque.

J'aimerais bien vous dire que ce fut là un incident isolé, mais juste pour vous donner une petite idée, il y a à peine une ou deux semaines, j'ai vu apparaître dans mon fil d'actualités Facebook un type avec qui je suis allé à la maternelle qui avait publié un statut dans lequel il remarquait la présence de nombreux Autochtones au Walmart. Évidemment, le gars les qualifiait d'un autre nom et il expliquait leur présence en grand nombre du fait qu'ils avaient probablement reçu leur chèque d'assistance sociale.

Et vous savez quoi, ça a passé comme un couteau chaud dans le beurre. Je l'admets, j'aurais très bien pu commencer le bal en laissant un commentaire pointant du doigt ses propos racistes, mais quand j'ai vu qu'il avait obtenu zéro «like» en quelques heures, j'ai vu ça comme une certaine forme de justice. Et puis hop, j'étais précédemment intervenu dans un autre statut du genre et visiblement, le gars n'en avait retiré aucune leçon.

Sinon, au cours des derniers jours, j'ai même eu vent d'un parent qui racontait sur les médias sociaux que l'enseignant de son enfant avait tenu devant ses élèves des propos racistes à l'égard des Autochtones.

Mais bordel, quand est-ce qu'on va enfin décider que les propos racistes à l'égard des Autochtones, ça ne passe plus? Pourquoi est-ce que des gens peuvent encore se permettre de tels propos en public sans être remis à leur place? Peut-être est-ce parce que notre inaction leur laisse penser qu'ils en ont pleinement le droit?

Mais bon, loin de moi l'idée de tous vous plonger dans le cynisme et terminons donc sur une bonne note en soulignant l'initiative de Radio-Canada qui vise à accueillir des stagiaires autochtones dans leurs nombreuses stations.

Ici dans la région, nous aurons donc la chance de profiter de la présence de Charles Buckell et j'espère sincèrement qu'il aura toutes les chances de pouvoir briller pendant son passage. Et qui sait, peut-être est-ce là un premier pas qui amorcera un changement de perception chez plusieurs gens?

Souhaitons-le.

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