Sur la chaise de la coiffeuse

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«Le truc, c'est que jusqu'à un certain âge, je me faisais un plaisir d'aller chez la coiffeuse.»

123RF

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je n'ai jamais vraiment aimé aller chez la coiffeuse.

En fait, ça débute doublement mal une chronique, car outre cette affirmation plutôt ordinaire, c'est en quelque sorte un mensonge.

Le truc, c'est que jusqu'à un certain âge, je me faisais un plaisir d'aller chez la coiffeuse. Je me souviens encore d'avoir été ce jeune gamin débordant de joie qui répétait sans cesse à la coiffeuse d'Escompte Coiffe que le jour où je serais un grand humoriste, elle serait ma coiffeuse personnelle. Faut croire que les temps changent en mautadine.

Puis, vers l'âge de douze ans, je suis complètement tombé dans le rock. The Doors, Nirvana et tout le tra la la. Du coup, je me suis mis à rêver d'arborer une magnifique tignasse comme mes idoles de l'époque et les rendez-vous chez la coiffeuse sont alors devenus un vrai cauchemar pour ma pauvre mère. Or, rusée comme elle est, ma mère avait trouvé la meilleure monnaie d'échange afin de toujours remettre à plus tard mon projet de me laisser pousser les cheveux: «Si tu ne vas pas chez la coiffeuse, je ne te donnerai pas l'argent que tu as besoin pour aller te louer une cassette de Nintendo». Alors hop, comme il faut mettre ses priorités à la bonne place, j'ai troqué mon look de rockstar pour la princesse Zelda.

Au fil des années, j'ai enfin réalisé mon «rêve» d'avoir les cheveux longs, mais entre vous et moi, quand on y repense, c'est peut-être une bonne chose que je sois passé à d'autres choses. Mais bon, même si aujourd'hui, l'idée d'avoir les cheveux courts ne me rebute plus, un rendez-vous chez la coiffeuse fait toujours naître une anxiété chez moi.

Voilà donc qu'au cours des derniers mois, j'ai laissé aller les choses et ma chevelure s'est progressivement transformée en une espèce de reconstitution d'un gros voyage de foin. Dans mon for intérieur, je savais très bien que le jour fatidique où ma blonde me prierait d'aller couper tout ça viendrait. Et puis, elle aussi a une sacrée monnaie d'échange pour me convaincre d'aller subir un coup de ciseaux: «Si tu ne vas pas te faire couper les cheveux, je me fais faire des mèches de cheveux laqués». Disons qu'on ne peut rien faire contre un tel argument.

Alors hop, c'est en compagnie de mon fils que je me suis rendu chez la coiffeuse.

Comme toutes les fois où je me décide à faire le grand saut, j'ai donc laissé le destin choisir la personne qui allait me couper les cheveux. La coiffeuse avait un look plutôt branché et elle était très sympathique.

Or, cette fois-ci, j'ai fait face à un obstacle très déroutant. D'habitude, quand la coiffeuse me demande quelle coupe je désire, je lui dis tout simplement de rafraîchir ma coupe et surtout, de ne pas couper mes cheveux trop courts et puis hop, la transformation s'opère ensuite.

Mais cette fois-ci, j'ai découvert que la formulation «rafraîchir ma coupe» n'était pas un code universel. «Mais comment tu les veux?», qu'elle m'a demandé.

Réalisant alors que je n'avais aucune connaissance quant au vocabulaire associé à l'art de la coiffure, j'ai commencé à bredouiller des espèces de phrases incohérentes et pour dire vrai, je me sentais comme un imposteur qui tente de remplacer au pied levé un capitaine de bateau. J'étais là à tenter de lui donner des directions alors que je n'avais aucune idée de la destination.

Le résultat: je devrai maintenant vivre les prochaines semaines avec une boule de cheveux tout simplement affreuse.

Maintenant, je ne sais pas s'il y a une leçon ou une morale à tirer de cette histoire, mais une chose est certaine, je sais maintenant que la coiffure, c'est comme une petite symphonie, et si tu ne sais pas lire la musique, mieux vaut laisser le chef d'orchestre diriger.

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