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L'auteur-compositeur-interprète Daniel Boucher... (Gimmy Desbiens)

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L'auteur-compositeur-interprète Daniel Boucher

Gimmy Desbiens

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je vivais alors à Montréal depuis quelques mois seulement et au hasard, alors que j'errais sans but dans la rue, voilà qu'un homme m'avait abordé en me demandant si j'avais le goût de l'accompagner à un concert.

Le gars en question portait de vieux jeans ainsi qu'un chandail de fortune et, disons-le, sa proposition m'avait plutôt étonné, car pour être bien franc avec vous, je me serais davantage attendu à ce qu'il me quémande un truc.

Puis hop, la seconde d'après, nous étions là à faire la file devant le Spectrum et voilà que mon nouvel ami me remerciait d'avoir accepté son offre, pour ensuite me confier qu'il était sorti de prison quelques heures auparavant. Ainsi, il s'agissait donc là de ses toutes premières minutes de liberté depuis un bon moment.

À mon grand étonnement, j'ignore comment l'homme avait mis la main sur ces billets, mais bordel, c'était pour un concert de Daniel Boucher qui allait servir de captation pour la télé.

Maintenant, rappelons que cette histoire avait lieu au tout début des années 2000 et à l'époque, nous étions justement en pleine explosion de La Désise.

Bien que je n'étais pas encore un fan fini de Boucher à ce moment, j'avais été profondément bouleversé par le savoir-faire de cet auteur-compositeur-interprète, mais surtout, par la mécanique extrêmement bien huilée de la mise en scène.

Ça aurait pu se terminer là et devenir une simple anecdote de la fois où un ancien prisonnier m'avait invité à aller voir un concert de Daniel Boucher, mais quelques années plus tard, voilà que j'allais ressentir un coup de foudre en retard pour le «chansonnier» lors de la sortie de son deuxième disque intitulé La Patente.

Ainsi, au fil des années suivantes, plus le grand public boudait l'audace de Boucher, plus je me sentais connecté à sa musique, et plus particulièrement à ses textes.

Voilà donc qu'au début de l'été dernier, j'avais le bonheur d'assister à un des deux concerts qu'il allait présenter au Café Summum de La Baie et cette fois-ci, même dépouillé des artifices de l'époque lors de ce fameux spectacle au Spectrum, Boucher était toujours aussi lumineux sur scène, mais surtout, il m'apparaissait alors évident que ses chansons étaient plus vivantes que jamais.

Vous devinerez donc que la semaine dernière, lorsque j'ai découvert que Daniel Boucher présentait deux concerts à Métabetchouan, l'enthousiasme a rapidement pris place à la surprise.

Quelques jours plus tard, je me rendais donc avec mes amis Vanessa et Boldock à la salle Le Rigolet et tout au long du trajet, nous avions peine à croire que cette opportunité n'était pas une pure fabulation.

Mais non. Ce n'était pas qu'un rêve. C'était bel et bien vrai.

Or, une bonne partie du public, elle, semblait ne pas être au courant.

Je me permets une telle théorie, car à notre grand désarroi, la majorité des spectateurs ont tout bonnement poursuivi leurs conversations alors que Daniel Boucher était là sur scène, à se démener comme un diable, et ce, malgré une sonorisation approximative.

Mais dans quelle espèce de monde ils vivent ces gens-là?

Ce n'était pas Ritchie Pouliot, le roi de la reprise de La petite grenouille et des shooters cheaps qui était là sur scène. Bordel, c'était Daniel Boucher gang! Un des dignes successeurs de nos grands chansonniers tels que Félix Leclerc, Gilles Vigneault, la Bolduc ou Charlebois. Et vous, vous jasez ça pendant que le gars est là à quelques mètres de vous? Misère! Ça ne vous tentait pas de vous faire un souper à la maison et de mettre un disque ou une playlist de Spotify à la place?

Et puis, quand bien même ça n'aurait été que Ritchie Pouliot sur la scène, quand est-ce qu'on a convenu que c'était optionnel d'écouter un chansonnier?

Mais bon, malgré un public de merde et surtout, cette fille qui est montée sur scène à plusieurs reprises, poussant même l'impolitesse jusqu'à voler le micro de Boucher alors qu'il interprétait Chez nous, ce dernier n'a jamais bronché et a quand même livré un grand concert.

Enfin, combien gagez-vous que d'ici 10 ou 15 ans, ces mêmes spectateurs se vanteront sans la moindre gêne d'avoir déjà vu Daniel Boucher en concert quand le grand public aura enfin fini de le bouder?

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