Le blues d'un chroniqueur

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CHRONIQUE / Le livre était là avec tous ces autres livres que je m'étais promis... (123rf)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le livre était là avec tous ces autres livres que je m'étais promis de lire et bien que la tentation de m'y plonger était présente, je ressentais quand même une certaine crainte.

C'était mon beau-père qui m'avait filé ce bouquin quelques mois auparavant en m'invitant très fortement à le lire et plus les semaines avançaient, plus je me sentais coupable de ne pas m'y attaquer. Or, quand on a un minimum d'orgueil, la dernière chose qu'on veut révéler au père de sa blonde, c'est qu'on a la chienne de lire un livre. Et là, si au moins ça avait été un livre inquiétant sur la santé, ma célèbre hypocondrie aurait au moins joué en ma faveur, mais là, ce n'était que ce bouquin intitulé Foglia l'insolent.

Alors de quoi j'avais peur dans tout ça? Eh bien, tout d'abord, que ce livre me mette en plein visage ma petitesse en tant que chroniqueur et surtout, ce minimum de talent que j'ai trop souvent l'impression d'étendre du mieux que je peux pour graisser la toast.

Et vous savez quoi? C'est justement ce qui est arrivé, mais étrangement, ça m'a fait un bien fou.

La raison est pourtant très simple et ici, je me dois d'être plus transparent que jamais avec vous.

Voyez-vous, je n'ose même pas faire un calcul scientifique tellement que la réponse me terrorise, mais au cours des quatre dernières années, j'ai au moins signé 200 chroniques. J'ai encore souvenir qu'au début, tout me paraissait si simple. Il y avait tant de sujets à explorer et tant de façons de les raconter.

Et puis un jour, ça te saute au visage: chaque semaine, tu écris la même bordel de chronique. Tu parles parfois des autres, tu parles de toi et surtout, tu parles souvent de rien. Tu te dis alors qu'avec un peu de chance, personne ne se rendra compte de ce cirque avant un bon moment, mais c'est un peu comme cette histoire du gars qui avait dupé tout le voisinage en laissant son père mort sur le fauteuil du salon devant la télé et qui savait bien qu'un jour ou l'autre, quelqu'un finirait par se rendre compte de son stratagème.

Mais ce qu'il y a de plus difficile dans ce boulot, c'est d'être conscient de ses limites et de ne pas toujours pouvoir les respecter en raison des dates de tombée. Alors certains soirs, tu marches dans la nuit en pensant au lendemain et tu dors très mal, car tu sais qu'au lever du soleil, il y aura possiblement des milliers de personnes qui liront ta chronique poche et qui se diront avec raison: «Ouin, il commence pas mal à avoir fait le tour celui-là.»

Tes quatre vérités

Et puis là, avec une certaine appréhension, chaque fois que tu ouvres ta boîte de courriels, tu crains la venue de ce jour où tu recevras ce message en provenance d'un lecteur qui n'en peut plus et qui te lancera tes quatre vérités en plein visage, te confirmant ta médiocrité.

Alors voilà, je voulais en profiter pour vous remercier de votre indulgence chers lecteurs et chères lectrices. Pour paraphraser Foglia, que je n'avais jamais sérieusement lu jusqu'ici, dans ces dizaines et ces dizaines de chroniques que je vous livre chaque année, je parviens peut-être à en signer cinq ou six bonnes annuellement (et j'exagère certainement en avançant ce nombre) et pour le reste, je tiens vraiment à vous remercier de votre indulgence.

Un jour, mon patron m'avait dit: «N'essaie jamais de devenir le prochain Foglia, mais deviens Joël Martel.»

Eh bien hop, je le deviens un peu plus chaque jour et il radote, il se répète, il ne risque jamais rien, il est parfois inintelligible, mais bon, il fait vraiment ce qu'il peut. Seule consolation dans tout ça, c'est que je suis assurément le chroniqueur qui a le moins de chances d'être sous écoute par la police. À moins que les flics ne veuillent savoir, c'est quoi le meilleur itinéraire pour marcher à Alma le soir ou pour savoir où trouver du tabac qui fait rire.

Bref, donnez-moi encore 20 ans et d'ici là, je devrais finir par vous pondre encore une dizaine de bonnes chroniques dans le lot.

Mais faudra attendre un peu, du moins, ça n'arrivera visiblement pas aujourd'hui.

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